Témoignages et écrits

Crédit photos  :PARIS MUSEE - LES MUSEES DE LA VILLE DE PARIS -  MUSEE DU GENERAL LECLERC DE HAUTECLOCQUE ET DE LA LIBERATION DE PARIS - MUSEE JEAN MOULIN.

Avec l'accord de la directrice Madame Christine Lévisse-Touzé, conservateur général.

L'homme


L'homme [ 1902 - 1940 ]


Témoignages et écrits


1. Emission radiophonique ( 07/1944).

 

 

 

L'HOMME 1902 - 1940 PHILIPPE DE HAUTECLOCQUE TÉMOIGNAGES ET ÉCRITS DE HAUTECLOCQUE

EMISSION RADIOPHONIQUE DE JUILLET 1944

Emission Radiophonique de Juillet 1944 par le C.F.L.N.

 

(Sources : Musée du Général Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris - Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)

 

 

 

INFORMATION

 

Français,

 

Enfin voici l'heure tant attendue. Nous remettons le pied sur le sol de la Patrie.

 

Il y a 4 ans nous quittions la France, répondant à l'Appel du général de Gaulle, abandonnant nos familles, décidés à ne pas déposer les armes avant la victoire.

 

Nous rentrons aujourd'hui au côté de nos Alliés à la tête de troupes françaises après avoir maintenu notre lutte, malgré la capitulation de Vichy.

 

Il est difficile d'exprimer l'émotion de nos Officiers, sous-officiers et soldats en un pareil moment. Ces hommes viennent de partout. Les uns ont rejoint de Gaulle dès le début, ils ont combattu au Tchad, en Lybie, en Tunisie. Ils ont sauvé l'honneur national. D'autres nous ont rallié dès que la liaison avec l'Afrique du Nord l'a permis. D'autres, enfin nous ont rejoint depuis, comprenant que les divisions d'hier doivent disparaître.

Nous voulons d'abord battre le Boche, l'ennemi maudit. Cette fois nous avons des armes et nous nous en servirons.

 

Nous voulons ensuite retrouver les bons Français qui mènent depuis 4 ans dans le pays la lutte que nous menions dehors.

 

Salut à ceux qui ont déjà repris les armes. Oui nous constituons bien la même armée, l'armée de la Libération.

 

Enfin, nous voulons voir demain la grandeur française rétablie et nous devinons l'énergie et le patriotisme que cette tâche demandera. Toutes les forces du pays doivent y être consacrées.

 

Debout Français, aidez-nous, aidez nos Alliés à abréger cette bataille livrée pour sa libération, sur le sol de notre Patrie.


2. Emission radiophonique (04/08/1940).

 

 

 

L'HOMME 1902 - 1940 PHILIPPE DE HAUTECLOCQUE TÉMOIGNAGES ET ÉCRITS DE HAUTECLOCQUE

EMISSION RADIOPHONIQUE DU 4 AOÛT 1940

Emission radiophonique du 4 août 1940

 

(Sources : Musée du Général Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris - Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)

 

 

 

Introduction

 

Il y a quelques jours, caché dans un village de la France envahie, j'ai pu entendre, grâce au patriotisme d'un Français, la radio française de Londres.

 

J'ai vivement ressenti à ce moment-là l'impression de réconfort donnée par les seules voix françaises encore libres. Aussi, est-ce avec une conviction profonde que je m'adresse aux Français de France prisonniers de l'ennemi ou à ceux de l'étranger. Puissent tous ceux qui m'ont aidé à échapper aux mains des barbares, entendre mes remerciements.

 

Deux faits m'ont particulièrement frappé au cours de mon évasion : le premier, c'est le nombre de Français dans tous les milieux qui furent indignés par cette capitulation sans excuse. Dans combien de maisons où je me suis réfugié, n'ai-je pas entendu ces questions : " comment a-t-on pu faire cela ?... Et nos colonies ?...Et la parole donnée ?... "

 

Le patriotisme de certaines femmes françaises a fait en particulier mon admiration. Cette désapprobation, par de nombreux Français qui ne sont pas encore mûrs pour l'esclavage, aucun journal français n'a le droit de l'exprimer, mais il faut que le monde entier la connaisse. Le deuxième fait c'est une conversation que j'ai eue avec un commandant allemand, parfaitement correct par ailleurs " La guerre avec la France, me dit-il, sera finie dans quelques jours, et ce sera la dernière fois, car nous nous arrangerons pour que la France ne puisse jamais recommencer ". En appuyant sur ces dernières syllabes, il me toisait d'un air ironique et froid que je n'oublierai pas. Aussi, pendant les longues journées où j'eus ensuite à circuler au milieu de l'envahisseur, toutes les fois que j'entendis le refrain officiel appris par coeur et sans cesser ressassé " La France n'est pas notre ennemie, c'est l'Angleterre que nous voulons abattre ", je me rappelai plutôt l'affirmation de l'officier allemand, affirmation en plein accord avec Mein Kampf et avec Bismarck.


3. Thése de M. Toureille (1947 - 2007).

 

 

 

 

L'HOMME 1902 - 1940 PHILIPPE DE HAUTECLOCQUE TÉMOIGNAGES ET ÉCRITS DE HAUTECLOCQUE

THÈSE DE M. TOUREILLE

 

(Sources : Musée du Général Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris - Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)

 

Philippe Leclerc de Hauteclocque dans la Mémoire et dans l'Histoire (1947-2007)

 

À la fin de la guerre, celui qui est passé à la postérité sous le nom de Leclerc jouit d'une popularité très forte, que sa mort prématurée en novembre 1947 permet de mesurer. L'objet de la présente thèse consiste à exposer de quelle manière la mémoire du vainqueur de Koufra s'est construite et comment son contenu a évolué jusqu'en 2007.

 

L'Association des Anciens de la 2°DB, qui définit très vite un portrait précis du général, et l'État, qui en assure la diffusion, sont les principaux animateurs de ce souvenir. L'image projetée est celle d'un chef aussi exigeant pour lui-même qu'envers ses soldats, au courage exemplaire et plaçant le patriotisme au-dessus de toute considération. Sa récupération à des fins politiques est d'abord fréquente, comme symbole de la présence nationale en Afrique ou soutien à Charles de Gaulle lors de plusieurs crises politiques.

La création en 1975 d'une Fondation destinée à prendre le relais de l'organisation provoque cependant un retour à la neutralité et marque le début d'une collaboration avec les historiens. Figurant le héros grâce à des dessins ou des sculptures, au cinéma ou à la littérature, les artistes sont forcément influencés par sa représentation traditionnelle. Ils parviennent cependant à s'en dégager pour en proposer une interprétation différente, plus personnelle, plus humaine souvent aussi. Au même titre que la présentation officielle de Leclerc, leur travail contribue à ce qu'Henri Rousso a appelé la " mémoire diffuse ", ici la manière dont chacun s'imagine le général.

À l'heure actuelle, l'enjeu est de conserver cette mémoire vivante. La Fondation Maréchal Leclerc de Hauteclocque et le Mémorial du Maréchal Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris-Musée Jean Moulin travaillent à sa transmission. Des manifestations publiques régulières y contribuent de même que l'utilisation de nouvelles technologies et le développement de partenariats.

 

DISCIPLINE : Histoire militaire et études de défense. Mémorial du Maréchal Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris

 

ADRESSE DU LABORATOIRE : École doctorale 60, Territoires, Temps, Sociétés et Développement, Université Paul-Valéry - Montpellier III, FOUIB de Mende, 34199 Montpellier cedex 5.


4. Témoignage de M. Precheur (8/05/1940).

 

 

 

 

L'HOMME 1902 - 1940 PHILIPPE DE HAUTECLOCQUE TÉMOIGNAGES ET ÉCRITS DE HAUTECLOCQUE

M. PRÊCHEUR

(Sources : Mémorial Maréchal Leclerc de hauteclocque, Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)

 

 

Témoignage : Philippe de Hauteclocque

 

Comment j'ai connu le Capitaine Philippe de Hauteclocque

 

 

 

En l940, je commandais - depuis sa formation le 27 août 1939 la compagnie télégraphique de la 23e Division commandée par le Général JEANNEL. Le 18 mai 1940, notre Division prit le secteur, alors totalement dépourvu de troupes, qui s'étend de Guiscard à Chauny. Ce jour-là, je fixai mon. P.C. à Grandrue (7 km au N-E, de Noyon) où, le lendemain, le Général JEANNEL vint à son tour installer son P.C. avec l'état-major de la Division. Chaque jour, à partir du 18 mai, je venais à cet état-major prendre les ordres du commandant et des transmissions.

 

Or, le 4 juin, vers 10 heures du matin, je repus l'ordre de Présenter au Capitaine PAOLI, chef du 24me bureau. Chemin faisant je cherchais ce que cet ordre insolite pouvait cacher ou annoncer. Avait-on capturé quelque Allemand et voulait-on me demander de faire fonction d'interprète? Pourtant, il y avait à l'état-major deux adjudants-interprètes parfaitement qualifiés.

 

Arrivé au P.C. de la division, j'aperçois par une porte ouverte assis entre le capitaine e à gauche et, à droite, le Capitaine GRAFFIN, sous-chef de l'Etat-major, un civil en bleu de mécanicien portant une barbe de huit jours, Qu'on me présente aussitôt : le Capitaine Philippe de HAUTECLOCQUE. En deux mots, on m'explique qu'en franchissant les lignes dans la nuit, Philippe de HAUTECLOCQUE était tombé dans le secteur de notre division, et que le problème immédiat était, pour lui, de trouver une tenue militaire. Graffin n'avait pu lui fournir qu'une vareuse de capitaine...d'artillerie il est vrai, mais peu importe. Où trouver le reste ? C'est alors que GRAFFIN s'est souvenu, ou a trouvé dans les documents de l'état-major, que le commandant de la compagnie télégraphique détenait, dans une de ses camionnettes, des effets d'habillement pour un ou deux hommes. Et me voilà parti jusqu'à cette camionnette avec Philippe de HAUTECLOCQUE que j'ai rhabillé avec chemise, cravate, culotte, bandes molletières et bonnet de police, le tout du modèle kaki réglementaire pour hommes de troupe.

 

Enfin, j'ai raccompagné mon visiteur d'une heure jusqu'à l'état major de la division où il a été invité à déjeuner à la popote du Général puis il est parti...vers sa destinée, emportant mes regrets de ne pouvoir le suivre, car j'avais été immédiatement sensible au rayonnement de chef qui émanait de sa personne.

 

Bien souvent, ma pensée est allée, depuis, vers lui, surtout quand, à la Libération, j'ai enfin su que le Général LECLERC était le même personnage que ce Philippe de HAUTECLOCQUE à qui j'avais rendu un habit militaire.

 

 

 

M. PRECHEUR


5. Traduction du dernier récit (1941).

 

 

 

L'HOMME 1902 - 1940 PHILIPPE DE HAUTECLOCQUE TÉMOIGNAGES ET ÉCRITS DE HAUTECLOCQUE

TRADUCTION DU DERNIER RÉCIT

 

(sources : Mémorial Maréchal Leclerc de hauteclocque, Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)

 

 

 

Nos lecteurs connaissent, au moins de nom, l'auteur américain, M Hassolt Davis, dont l'oeuvre souvent attachante est très prisée aux Etats-Unis. M. Hassolt Davis a bien voulu donner, pour les lecteurs de " Centre-Afrique ", la traduction du dernier récit qu'il fit à la Radio pour ses compatriotes, afin de leur conter les exploits du Général Leclerc et de ses hommes au Tchad et en Lybie. Nous ne doutons pas que ces pages soient lues avec intérêt et plaisir.

 

 

 

     Je reviens d'une randonnée de six mille cinq cents kilomètres à travers le désert du Tchad (le premier territoire qui ait rallié le Général de Gaulle) et les, fabuleuses montagnes du Tibesti, voyageant tantôt en camion, tantôt à dos de chameau et enfin en avion. J'ai eu l'honneur de faire cette dernière étape en compagnie du Général Leclerc, le commandant des fameuses troupes qui se sont récemment emparées de cinq postes avancés italiens.

 

     Je douté qu'on puisse trouver dans toute la dure campagne africaine un exploit militaire plus héroïque ;et qui ait exigé une plus grande ténacité. Cet exploit a valu au Général Leclerc d'être nommé Commandant en Chef de toute l'Afrique Française Libre. Je voulais voir de mes propres yeux ces hommes qu'un Chef avait conduits à travers le désert, ainsi que la région infernale et légendaire qu'ils avaient parcourue par étapes. Ces hommes et ces territoires je les ai vus et ils me sont maintenant familiers. J'ai encore le goût du sable dans la bouche au moment où je vous parle. L'enfer de Dante n'aurait pu offrir rien de pire que cette région désolée, habitée seulement par quelques nomades et bédouins.

 

" Les premiers détachements revenaient de Libye, après avoir traversé une tempête de sable, lorsque nous arrivâmes à l'oasis fortifiée d'Al Faya : des hommes blancs couleur de terre brûlée, souriant de leurs lèvres fendues et gercées par le soleil, semblables tt, des saucisses que la cuisson a fait éclater. Il n'y avait pas de femmes pour les recevoir, pour les choyer; Pas même de ces consolatrices professionnelles que les Allemands et les Italiens envoient généreusement à leurs troupes du désert, car il est interdit aux femmes blanches de venir ici. Ii n'y avait que des hommes, des combattants, et dans leurs rangs se trouvaient des Saras, à la figure ratissée de cicatrices régulières, des Touaregs, la tête recouverte d'un voile bleu à la manière des femmes, mais aussi féroces que de grands singes, des Toubous décharnés descendus de leurs montagnes.

 

Toute une année ils avaient attendu le signal du combat, jusqu'au moment où le Général les envoya avec les camions vers le Nord. Pour franchir le massif des montagnes de Tibesti, à trois mille trois cents mètres d'altitude ils durent se construire leur propre route. Dans les vallées sablonneuses ils devaient mettre -devant les roues de leurs véhicules des plaques de tôles ondulées sur lesquelles ils passaient, les ramassant, puis les replaçant plus loin, et ainsi de suite. Il leur fallut pendant six semaines se cacher, eux et leurs camions, dans les grottes des montagnes chaque fois que des avions de reconnaissance ennemis évoluaient au-dessus de leur tête. Comme leurs provisions tiraient à leur fin, alors qu'ils s'approchaient du poste de Uigh-el-Kébir et traversaient une forêt pétrifiée, ils durent prendre au filet des gazelles qu'ils mangèrent crues n'osant risquer un coup de fusil ou allumer du feu de peur de donner l'alarme. Quand ils arrivèrent le poste fut entièrement pris au dépourvu.

 

" Il en fut de même pour El-Gatroum. Ne voyageant que la nuit afin d'éviter d'être aperçus par les avions ennemis, se guidant à la boussole: et balayant les traces de leurs passages, et au cours de la dernière nuit, poussant silencieusement leurs voitures ou les faisant tirer par des chameaux. Ils parvinrent finalement à encercler le fort. Aux-premières heures du jour, un officier français prit sa canne, passa nonchalamment devant les sentinelles indigènes accroupies, et entra dans la pièce où le commandant italien se trouvait occupé à compter l'argent de la paie, car ceci se passait à la fin du mois. Il frappa le commandant sur l'épaule. Amshi Amshi ! va-t-en ! " dit l'Italien sans même relever les yeux croyant avoir affaire à un planton indigène. Le 'Français lui demanda doucement : " Cela vous ennuierait-il de me payer maintenant, votre fort est encerclé ": Son revolver était placé contre la nuque de l'Italien.

 

" Le troisième poste fut capturé au cours d'une éclipse de lune qui dura trois heures et favorisa l'approche des troupes françaises. Le poste italien était en plein tumulte : les troupes indigènes à demi sauvages battaient du tam-tam en psalmodiant leurs [...] Italien, se mit à pleurer --- cela lui rappelait Marseille, dit-il: Là, ils burent à la France avec ce qui leur restait de vin, qu'on leur avait envoyé de Brazzaville, deux mille sept cents kilomètres au Sud. Ils vidèrent aussi leurs quarts à l'intention de l'Intendance de Brazzaville et de Fort-Lamy, qui, d'une manière ou de l'autre, voitures, chameaux, porteurs avait réussi à leur faire parvenir leur ravitaillement à travers un tiers de l'Afrique. Ils ne perdirent ici qu'un seul homme, qui eut le corps déchiqueté par Une grenade italienne au cours d'une escarmouche.

 

" Contrairement à la plupart des autres armées, ces Français Libres, qui défendent l'Afrique Centrale et nos propres lignes de ravitaillement vers l'Orient, ne parlent jamais de leur moral ; c'est pour eux une chose tout à fait normale, d'abord parce qu'ils acceptent n'importe quelle situation comme elle se présente, ensuite et surtout en raison de l'estime profonde et de l'admiration que leur inspire leur chef, le Général Leclerc, qu'ils surnomment en arabe " M. Barac ", c'est-à-dire l'invincible. Invariablement les indigènes faits prisonniers demandent la permission de rechercher les balles qui ont été tirées sur lui, et qui, soi-disant, seraient tombées à ses pieds, et tous les prisonniers avec qui j'ai parlé l'appelaient " Il grandissimo General ".

 

" Et il tiendra le bastion du Tibesti pour la FRANCE et pour ses Alliés. "


6. Livre du Général Vésinet.

 

 

LIVRE DU GÉNÉRAL VEZINET

(Sources : Mémorial Leclerc de Hauteclocque, Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)

 

PREMIÈRE PARTIE

 

1902 - 1939

 

CHAPITRE PREMIER

 

LE GENTILHOMME DE RACE

 

" On entend Loing ...  Hauteclocque. "

(Devise de la famille.)

 

 

 

PORTANT d'argent à la croix de gueules chargée de cinq coquilles d'or ", les armoiries des Hauteclocque attestent fièrement l'origine presque millénaire d'une famille d'Artois dont les nombreuses branches de l'arbre généalogique ont porté haut et loin la renommée.

 

La souche de la lignée remonte au XIe siècle à Wauthier de Hauteclocque dont le fils, Wilbert, est chevalier du comte de Saint-Paul en 1163. Certains de leurs descendants, répondant à l'appel de la chrétienté en péril, se distinguent en terre sainte dès 1219 à la cinquième croisade. Plus tard, d'autres accompagnent Saint Louis en Tunisie en 1270.

 

Depuis cette époque, profondément enracinée en Artois, la famille dessine sa fresque à travers l'histoire de France. On n'y relève pas d'illustrations éclatantes mais des gentilshommes campagnards et des soldats de haut relief. C'est en vain qu'on y chercherait des courtisans. Nul d'entre eux ne figura jamais à la cour et les Hauteclocque en sont glorieux. Pendant qu'il était élève à Saint-Cyr, Philippe, le futur général Leclerc, irrité contre un camarade appartenant à la grande noblesse lui répliquera sur un ton insultant : " Vous autres gentilshommes de cour !... "

 

Farouchement indépendants, jaloux de leurs prérogatives, appliqués à bien remplir leur rôle traditionnel, ils préfèrent rester sur leurs domaines familiaux. Mais chaque fois que le pays est menacé, nous les voyons répondre à l'appel de la France. On en trouve à la bataille de Saint-Orner en 1340, à celle de l'Écluse en 1395, parmi les hommes d'armes de Charles Quint, et à Fontenoy.

 

A la révolution de 1789, les Hauteclocque sont dépouillés de leurs biens. Se refusant à émigrer, ils sont jetés au cachot. Tel est le sort du trisaïeul du général Leclerc, ce qui n'empêchera pas ses trois fils : Stanislas, César et Constantin de combattre vaillamment et de se distinguer clans l'armée napoléonienne.

 

Gustave, le fils de Constantin, est un archéologue réputé qui ira faire des recherches en haute Égypte. Il aura trois fils dont deux, l'aîné et le plus jeune, renoueront vers la fin du XIXe siècle, avec les traditions militaires de la famille. Officiers, ils prendront part à des expéditions coloniales, l'un en Chine en 1900, l'autre au Soudan et trouveront tous deux une fin héroïque pendant la grande guerre.

 

Le cadet avait hérité du domaine de Belloy-Saint-Léonard dans la Somme à condition d'y vivre...

 

C'est là que le 22 novembre 1902, Marie-Thérèse Van der Cruisse de Waziers, issue d'une vieille famille lilloise, devenue comtesse de Hauteclocque en 1891, lui donna son cinquième et avant-dernier enfant. Baptisé Philippe, François, Marie, le nouveau-né devait son prénom usuel au souvenir d'un ancêtre massacré par les Croates en 1635.

 

Âgé de trente-huit ans, son père, Adrien de Hauteclocque, vigoureux et fort, paré d'autant de prestige physique que d'autorité morale, était alors un gentilhomme terrien de la meilleure tradition. Remarquable par le désintéressement des questions matérielles avec lequel il gérait ses terres, il lui arriva d'abandonner une partie de bénéfices jugés par lui excessifs.

 

Comme tous les Hauteclocque, il avait auprès des Picards la réputation d'avoir mauvais caractère, mais aussi d'être un bon arbitre des différends qu'ils ne se faisaient pas faute de lui soumettre.

 

Lettré et bon latiniste, il lisait beaucoup, professait des idées fortes et nettes ; catholique sans affectation et sans sectarisme, méprisant la République mais patriote ardent, il lui paraissait oiseux de faire étalage de ses classiques. En revanche, il se dépensait à des activités de plein air et aimait la chasse, les chiens, les chevaux.

 

Au château de Belloy, l'existence était large et rustique ; des domestiques, certes, mais peu de confort : en hiver il fallait parfois casser la glace dans les cuvettes avant de se laver. Un seul luxe : l'équipage de chasse. La chasse, voilà la vraie vie. " J'ai réalisé, dira un jour Adrien de Hauteclocque, le type le plus complet de gentilhomme fesse lièvres. "

 

Dans sa jeunesse, il avait été réformé. Lorsque survint la guerre de 1914, il jugea tout cl(c suite que sa place était au front. Il partit pour Saint-Germain-en-Laye, dépôt du 1 le cuirassier où son fils aîné, Guy, frais émoulu de Saint-Cyr, faisait ses premières armes. Malgré ses cinquante ans sonnés, on consentit à l'engager comme deuxième classe. Il mangea à la gamelle, supporta gaillardement toutes les fatigues des combattants du rang, se battit tant et si bien qu'il gagna des galons et revint à Belloy en 1918 avec la rosette de la Légion d'honneur, le grade de lieutenant et le surnom de " Monsieur Père " qu'on lui avait donné pour le distinguer de son fils.

 

S'il est vrai que les enfants réalisent parfois le destin que peuvent avoir caressé les parents, il faut bien reconnaître que le petit Philippe sera l'illustre rejeton d'une haute lignée et le digne fils du comte Adrien de Hauteclocque. Au moment même où, fin avril 1945, mourra " Monsieur Père ", Philippe, déjà célèbre sous le nom de Leclerc, plantera, au terme d'une fulgurante épopée, son fanion sur le nid d'aigle d'Hitler à Berchtesgaden.

 

Conformément à la tradition des siens, le jeune Philippe commence son éducation à Belloy même. Sage, bien doué, il ne présente aucun trait d'enfant prodige. Il reçoit une carabine dès qu'il est en âge de s'en servir et il manifeste aussitôt un vif penchant pour la chasse sous toutes ses formes. Dans une imprégnation rurale complète et une ambiance familiale toute de quiétude, l'enfant grandit, plus particulièrement sous l'influence de son père, de sa mère et de sa sœur aînée.

 

Adrien de Hauteclocque, bon mais strict, lui inculque le goût de l'effort et la fierté du devoir en même temps qu'il lui apprend à se passer du superflu et parfois du nécessaire. De cet enseignement, il restera profondément marqué.

 

Sa mère atténue par sa douceur ce que l'éducation paternelle peut avoir d'un peu rude. C'est d'elle qu'il tient une première formation religieuse déterminante pour la foi qui l'animera sa vie durant. Sa sœur Françoise, enfin, exalte son esprit par des récits imagés sur nos gloires nationales, et lui fait découvrir les secrets de destinées exceptionnelles.

 

En octobre 1915, Philippe entre en qualité d'interne, en classe de 4e, à la Providence, le vieil établissement des jésuites d'Amiens. Il s'y montre bon élève et obtient sans peine ses quatre A aux fins de trimestre. Il manifeste déjà une absence complète de vanité qui demeurera un des traits dominants de son caractère. Un Père qui l'a bien connu alors le dépeint comme : " ne se faisant aucun mérite du sang qu'il avait reçu et ne se doutant pas de l'indéfinissable charme qui se dégageait de toute sa personne : distinction, simplicité, cordialité. En lui, non seulement aucune morgue, la chose la moins aristocratique du monde, mais pas l'ombre d'esprit de caste. "

 

Très frappantes sont également à cet âge la force de sa volonté et la capacité d'endurer la souffrance dont il donnera plus tard tant de signes. Il ne se plaint de rien. Sa mère constate un jour qu'il tient sa fourchette avec la main gauche et s'aperçoit ainsi qu'il a un poignet cassé depuis plusieurs heures à la suite d'une chute de bicyclette !

 

La guerre n'est pas sans apporter des perturbations dans ses études. En 1917 et 1918, Amiens est évacué, le collège est successivement fermé, installé à Abbeville, puis replié à Poitiers. C'est dans cette dernière ville que Philippe est candidat au baccalauréat. Il annonce son succès à sa mère par un bref télégramme : " Suis reçu " sans ajouter qu'il a obtenu une mention. En juillet et octobre 1920, il passe, à l'université de Lille, sa philosophie et ses mathématiques.

 

Peu après, il se tourne naturellement vers la carrière militaire. Les traditions, la formation, l'ambiance de la guerre récente, l'engagement volontaire de son père, la mort glorieuse de ses deux oncles tendent à l'aiguiller dans cette voix. Et, bien entendu, il sera cavalier comme tous les siens.

 

Après une préparation à Sainte-Geneviève à Versailles, il se présente au concours de Saint-Cyr en juillet 1922. Entre l'écrit et l'oral, il télégraphie à sa famille : " Suis admissible, premier de Paris. Grâce à vos prières j'espère néanmoins être reçu à l'oral bien que je ne sois absolument pas prêt. " Fort heureusement, ce manque de confiance en lui-même ne l'empêche pas d'entrer à Saint-Cyr en octobre, cinquième de la promotion " Metz et Strasbourg " ; un nom qu'on ne peut s'empêcher de trouver prédestiné quand on connaît la place que la seconde de ces villes a tenue dans l'épopée du général Leclerc.


7. Les notes de Philippe Leclerc à l'école de Cavalerie ( 1922 et 1939).

 

 

7. Les notes de Leclerc ( 1922 et 1939).

 

QUELQUES NOTES MERITEES PAR LE LIEUTENANT PUIS CAPITAINE PHILIPPE DE HAUTECLOCQUE (ENTRE 1922 et 1939)

 

(Sources : Mémorial Leclerc de Hauteclocque, Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)

 

 

ECOLE SPÉCIALE MILITAIRE

 

Feuille de Notes

 

 

 

            Nom : de HAUTECLOQUE

 

            Prénoms : Philippe François Marie

 

            Né le 23 Novembre 1902 à Belloy Saint-Léonard d'Homoy

 

            Département de la Somme, résidant à Homoy canton d'Homoy, département de la Somme.

 

Fils d'Adrien et de Waziers Marie-Thérèse, domiciliés à Homoy, canton d'Homoy,  département de la Somme.

 

            Taille : 1,72 M                      Santé : Bonne

 

            Constitution : Bonne              Vue : Bonne

 

 

 

Diplômes universitaires

Bachelier des lettres et des sciences

Admis à l'école spéciale militaire à la suite du concours de 1922 avec le n°5.

Services antérieurs à l'entrée à l'école (indiquer les campagnes et éventuellement les grades obtenus)

Incorporé à l'Ecole spéciale militaire comme engagé volontaire pour 8 ans le 13 Octobre 1922 à Amiens, département de la Somme. A été compris sur la liste de la classe de 1922 de la subdivision d'Amiens.

 

Arrivé au corps le 31 Octobre 1922.

Pensionnaire.

Distinction méritée à l'Ecole : Maréchal des Logis fourrier

Sorti de l'Ecole le 1° août 1924 avec le n°5 sur 344 élèves classés.

 

Promu sous-lieutenant au 24° Régt. de Dragons par décret du 9 septembre 1924 pour prendre rang du 1er octobre 1924. Rayé des contrôles de l'Ecole le 1er Octobre 1924.

 

 

 

I-                    Valeur intellectuelle : Remarquablement intelligent.

II-                  Valeur morale et esprit militaire : parfaite, militaire dans l'âme

III-                Valeur physique et aptitude à la marche : Très bonne,...

IV-               Valeur militaire

1-           a) aptitude au commandement : très apte

              b) qualité d'instructeur : fera un très bon instructeur

2-      Instruction théorique : parfaite

3-      Instruction pratique et sens tactique : très bon jugement très sain. Voit juste et vite.

4-      Aptitude aux spécialités : rien à signaler

5-      Caractère : parfait - énergique - rigoureusement

6-      Conduite : parfaite

7-      Attitude et tenue : parfaite

V-                 Education : parfaite

VI-               Particularités diverses : néant

VII-             Appréciation d'ensemble : élève hors de pair, joignant les plus hautes qualités d'intelligence et de cœur à la haute conception des devoirs militaires. A un gros ascendant sur ses camarades. Irréprochable comme conduite et tenue, passionné pour tout ce qu'il fait, se dévouant corps et âme à son métier...


8. Ecole de Cavalerie.

8. Ecole de Cavalerie.

 

 

L'HOMME 1902 - 1940 PHILIPPE DE HAUTECLOCQUE TÉMOIGNAGES ET ÉCRITS DE HAUTECLOCQUE

ECOLE DE CAVALERIE MILITAIRE

 

ECOLE D'APPLICATION DE CAVALERIE

 

ANNÉE 1924-1925

 

COURS DE 11 MOIS:

 

OFFICIER SORTANT DE L'ECOLE SPÉCIALE MILITAIRE DE SAINT-CYR

 

EN 1924

 

(Sources : Mémorial Leclerc de Hauteclocque, Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)

 

ETATS DES NOTES OBTENUES PAR

 

M. de HAUTECLOCQUE Philippe

Sous-lieutenant au 24e Régiment de Dragons

 

ENSEIGNEMENT MILITAIRE

18.62

 

ENSEIGNEMENT ÉQUESTRE

18.08

 

ENSEIGNEMENT GÉNÉRAL

16.92

 

MENTION : TRÈS BIEN

 

Sorti de l'Ecole de Cavalerie avec le N° 1 sur 41 élèves.

Saumur, le 8 Août 1945

Le Colonel Commandant en  Second

L'école d'application de Cavalerie

Signé : LAFOND.

 

 

 

1926                           ECOLE D'APPLICATION DE CAVALERIE

 

Cet Officier, de haute valeur morale, possède des qualités de Premier Plan. Remarquable par son caractère franc et droit et son tempérament généreux et soutenu dans sa volonté, il fait preuve d'une intelligence aussi vive que précise et d'un jugement rapide et sûr, s'efforçant de s’améliorer sans cesse, il est aussi impeccable dans son éducation que dans sa tenue ou son attitude militaire.

 

Bien que noté par le service médical de constitution faible, il affirme sous une grande distinction physique, une énergique résistance. Il est très apte aux sports.

 

Au point de vue militaire, s'appuyant sur une connaissance parfaite des règlements, il se montre à l'instruction vivant, adroit et méthodique. Sur le terrain, il manifeste un esprit de décision, une autorité et une clarté sortant très nettement de ce qu'on peut attendre d'un très jeune officier.

 

Sans être aussi doué pour l'équitation, il y a réalisé du fait de son ardeur et de son application soutenue, d'énormes progrès. Correctement et bien placé, il y a perfectionné son tact et obtenu une bonne utilisation de ses facultés. Il est très allant. Ayant de bonnes connaissances théoriques, il peut être très utile en sous ordres dans la direction d'un dressage.

 

En résumé, cet officier se présente à ses débuts de carrière comme devant être de première valeur. Il a, à un haut degré, les qualités du soldat et du chef.

 

 

Saumur, le 8 Août 1925

Colonel Cdt en second

L'Ecole (D'Application de Cavalerie

Signé : LAFDOND

 

 

 

 

 

1925-  Vient de terminer son cours d'application à l'Ecole de Cavalerie et d'être affecté au 5° Cuirassier le 21.8.25. N'a pas encore rejoint son corps.

20 Septembre 1945

Le Lt-Colonel Cdt le 5° Cuirassier

Signé : PENFENTENYO

 

 

 

 

 

1926-  Arrivé au corps en octobre 1925 il s'est fait de suite remarquer par son zèle au travail, sa méthode, sa pondération, sa ponctualité. Déjà excellent instructeur, Officier de premier plan qui deviendra un Chef. A fait deux demandes successives pour servir eu Maroc.

15 septembre 1926

Le Colonel Commandant le 5° Cuirassier

Signé : PENFENTENYO

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1927

 

A confirmé ses excellentes notes antérieures et s'est montré un très bon officier de peloton. Venu au Maroc comme volontaire, s'est intéressé de suite à son nouveau genre d'existence, et a témoigné d'idées larges, de bonne humeur, d'une grande faculté d'adaptation. A le sens du terrain et de la manoeuvre. Très bon instructeur.

Une certaine timidité, pouvant parfois faire croire à un caractère distant, alors qu'il se livre, au contraire facilement, lorsqu'il est en confiance.

 

A suivre et à pousser.

Taza, 5 juin 1927

Le Lieutenant colonel commandant le 8° Spahis

Signé : PRIOUX.

 

 

 

1927(2)

 

Le lieutenant de Hauteclocque quitte le 8° Spahis pour devenir instructeur à l'Ecole d'Elèves Officiers Indigènes de Meknès. Je n'ai rien à retrancher aux excellentes notes que je lui ai déjà données, sa timidité, ou une certaine tournure de caractère assez difficile à expliquer, pourront encore parfois faire croire à de la suffisance ; mais on doit espérer que ce léger travers disparaîtra avec l'expérience que donnent les années.

 

Taza, le 20 septembre 1927

Le Lt colonel commandant le 8e spahis

Signé : FRIOUX.

 

 

 

1927 (2)

 

Très bien noté avant son arrivée à l'Ecole Militaire de Meknès a donné depuis 5 mois au commandant de l'Ecole l'impression d'un officier intelligent, travailleur acharné, d'une conscience professionnelle digne d'éloges. Le lieutenant de Hauteclocque s'est donné à sa tâche d'éducateur avec coeur, application, dévouement. Il a obtenu tant comme professeur que comme instructeur des résultats très appréciables. Le commandant de l'Ecole attend beaucoup de lui.

 

Meknès, el 24 février 1928

Le chef de Bataillon TARTT

Commandant l'Ecole Militaire de Meknès

Signé : TARTT

 

 

 

1928 (2)

 

Officier remarquable à tous égards. Très intelligent, actif, travailleur, beau caractère, tout à fait à sa place ici. A su s'imposer, à ses élèves, malgré sa jeunesse. Obtient beaucoup car il se donne singulièrement à sa tâche de professeur et d'instructeur.

 

Brûle du désir de faire colonne, et ne reste à l'Ecole que parce qu'il s'est engagé à y faire deux années. Demandera vraisemblablement à rejoindre un corps en opérations dès qu'il aura fini son stage. Officier d'avenir à suivre.

 

Meknès, le 19 décembre 1928

Le chef de Bataillon TARTT Commandant l'Ecole Militaire des O.E.M.

Signé : P. TARTT.

 

 

 

 

 

1929(2)

 

Mêmes bonnes notes. Ayant terminé ces deux années à l'Ecole Militaire de Meknès a donné suite à son projet et rejoint au début de l'été un groupe en opérations.

 

On ne retient pas, si bien à leur place soient-ils, des officiers animés d'un tel feu sacré. Très bon instructeur, professeur qualifié, il met au service d'une belle intelligence clé, ornée une volonté, une opiniâtreté au travail, une droiture de caractère qui doivent lui assurer une belle carrière. Officier d'avenir à suivre, diriger et pousser.

 

Meknès, le 5 octobre 1929

Le lt-colonel TART Commandant l'Ecole Militaire des O.E.M.

Signé : TARIT.

 

 

 

1931

 

Les 4 ans ½ de séjour que le lieutenant de Hauteclocque a accomplis au Maroc lui ont permis de développer avec le même succès ses remarquables qualités de chef et d'instructeur aux spahis, aux goums, à l'Ecole Militaire des officiers indigènes et ses facultés d'adaptation au Service d'Etat-major dans un stage à l'E.M. de la cavalerie. Ainsi que le colonel commandant les confins le précise, son départ du 38° goum a été une grosse perte pour l'encadrement des forces supplétives, et je signale particulièrement le fait d'armes de cavalerie qu'il exécute. Le 13 juillet 1930, à la tête de son goum, avec un sens du terrain et de la manœuvre, une décision, un allant et un sang-froid dignes d'un véritable chef. Il a été cité à l'Ordre de l'Armée pour le succès de cet engagement.

 

Épris d'action, mûri par l'expérience, servi par un caractère d'une droiture absolue, il sera  excellent éducateur à St-Cyr et un officier de premier plan appelé au plus bel avenir.

 

Rabat, le 12 Juin 1931

Le colonel d'HUMIERES commandant p.i. la cavalerie au Maroc

 

 

 

 

 

1931

 

Nouvellement arrivé à St-Cyr, y a produit la meilleure impression.

Saint-Cyr, le 1° Août 1931

Le Lt-Colonel de FELIGONDE Commandant en second

L'Ecole Spéciale Militaire.

 

 

 

1932

 

D'intelligence claire et nette, alliant la simplicité à la méthode, le Lt de Hauteclocque est un instructeur très persuasif qui a obtenu d'excellents résultats dès sa 1° année de séjour à l'Ecole. Vigoureux, de caractère calme et droit, d'esprit optimiste et d'excellente éducation, de tenue brillante il mérite d'être suivi avec intérêt.

 

St-Cyr, le 1° octobre 1932

Le Colonel DUCLOS Commandant en second

L'Ecole Militaire

Signé : DUCLOS.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1933

 

Instructeur simple, clair, précis, bref et à l'enseignement persuasif, chef né, sachant insuffler à ses élèves son fanatisme et son esprit de complet dévouement. Cavalier vigoureux, allant.

 

Pendant le congé annuel des élèves, est allé avec la permission de ses chefs prendre part comme volontaire aux opérations du Maroc et y a eu, à son actif, plusieurs faits d'armes remarquables dont l'un causa la soumission de 5000 dissidents.. Mérite au plus haut point d'être inscrit cette année, à titre exceptionnel, au tableau d'avancement pour le grade de capitaine.

 

St-Cyr, le 1° octobre 1933

Le Colonel DUCLOS Commandant en second

L'Ecole Spéciale Militaire

Signé : DUCLOS.

 

 

 

 

 

1934                ECOLE MILITAIRE ET D'APPLICATION DE LA CAVALERIE ET DU TRAIN.

 

Parfaite valeur morale, d'un esprit militaire élevé, très sérieux d'apparence même un peu austère, sait à l'occasion tempérer cette froideur par la gaieté et de l'entrain.

 

Valeur intellectuelle certaine. Esprit très appliqué et méthodique. Fournit un travail assidu et réfléchit sur ce qu'il apprend.

 

Constitution et santé excellentes, 2 prix au cross de Verrière.

 

Instruction militaire très précise. A beaucoup d'autorité et de commandement. Fait preuve de jugement, et de décision sur le terrain. A tendance à ne pas laisser assez d'initiative à ses subordonnés. Très bon instructeur qui connaît parfaitement les règlements.

 

Cavalier complet, mais sans passé équestre. Elégant, bonne position, excellent sur l'obstacle, a du cran et de l'énergie, du doigté et du tact, mais manque d'expérience. A toutes les qualités requises pour le dressage, ses connaissances d'homme de cheval sont bonnes. A l'étoffe d'un parfait instructeur.

 

En instruction automobile a témoigné constamment du désir de s'instruire. A tiré un excellent profit du cours.

 

Magnifique officier de troupe qui a bénéficié d'un avancement très mérité jusqu'ici mais qui devra maintenant élargir ses horizons.

 

Classé n°4 sur 33 élèves avec la mention très bien.

 

Saumur, le 31 Juillet 1934

 

Le Colonel Cdt en second l'Ecole d'Application de Cavalerie

 

Signé : de GAULLE

 

ECOLE MILITAIRE ET D'APPLICATION DE LA CAVALERIE ET DU TRAIN

ANNÉE 1933-1934

LIEUTENANTS D'INSTRUCTION

ETAT DES NOTES

 

De M. de HAUTECLOCQUE, Philippe

N° du classement de sortie

4 sur 33

MENTION GÉNÉRALE

Très bien

 

ENSEIGNEMENT MILITAIRE

Très bien

 

ENSEIGNEMENT A.M.

Très bien

 

ENSEIGNEMENT ÉQUESTRE

Très bien

 

ENSEIGNEMENT GÉNÉRAL

Très bien

 

TITRES UNIVERSITAIRES

Baccalauréat complet

 

APTITUDES

 

SPÉCIALES

 

Instructeur Militaire

Instructeur d'équitation

Professeur

Service d'Etat-major

Missions

Remontes

Langues Etrangères

Très apte 

Apte

 

SAUMUR, le 31 Juillet 1934

 

Le Colonel Commandant en second l'Ecole

Militaire et d'Application de la Cavalerie

Et du Train

Signé : de GAULLE

 

 

 

 

 

NOTES DU CHEF D'ESCADRONS DIRECTEUR DES EXERCICES MILITAIRES DE CAVALERIE.

 

 

 

HAUTECLOCQUE est un chef.

 

Il a les plus belles qualités militaires ; et les a développées par un travail acharné.

 

Remarquablement doué au point de vue intellectuel, il a réussi parfaitement en instruction générale et en instruction militaire.

 

Par son énergie et sa persévérance, il a tiré très bon parti de ses positions médiocres pour l'équitation.

 

C'est un officier à pousser dans l'intérêt de l'Arme.

 

 

 

Signé : DECARPENTRY.

 

 

 

EXTRAIT d'un rapport établi en captivité par le Lt-Colonel DEVAUX

 

Chef d'Etat-major de la 5° Division cuirassée.

 

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Pour obéir aux instructions de mon chef, je dois signaler les faits suivants, dont j'ai été le témoin avec lui ou qui ont été portés depuis à ma connaissance :

 

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" Mais une place toute spéciale est à réserver au Capitaine de cavalerie breveté de Hauteclocque qui du 10 au 15  juin a forcé l'admiration de tous ceux qui le virent à l'oeuvre ".

 

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NOTA : Cet extrait destiné au Bureau de la Cavalerie porte en marge l'annotation suivante, au crayon : " Attention. Dissident, condamné à mort par contumace ".

 

 

1935

 

Revenu à Saint-Cyr après mon stage de lieutenant d'instruction à Saumur le Lt de Hauteclocque a continué à rendre les mêmes excellents services que par le passé dans toutes les missions qui lui étaient confiées. Promu capitaine au choix, il va prendre le commandement de l'Escadron de Saint-Cyr où il montrera sans nul doute, à nouveau, le Chef et l'instructeur de grande classe qu'il y fût naguère comme lieutenant de peloton.

 

St-Cyr, le 1° octobre 1935

 

Le Colonel DUCLOS Commandant en second

 

L'Ecole Spéciale Militaire

 

Signé : DUCLOS.

 

 

 

1936

 

Le capitaine de Hauteclocque a pris le commandement de l'Escadron en octobre 1935. IL est méthodique, voit clair et vite sur le terrain et a un sens tactique très juste. D'autre part de caractère énergique, affirmant son autorité, prenant des responsabilités d'une très grande élévation de sentiments il est, pour ses élèves, un exemple encore rehaussé par ses brillants services de guerre, qui lui ont valu des galons de capitaine et la Croix de la Légion d'Honneur.

 

C'est un officier de grande classe.

 

St-Cyr, le 16 septembre 1936

 

Le Colonel DUCLOS Commandant en second

 

L'Ecole Spéciale Militaire

 

Signé : DUCLOS.

 

 

 

1937

 

Le capitaine de Hauteclocque a brillamment réussi dans son Commandement de l'Escadron de St-Cyr confirmant les appréciations les plus élogieuses de tous les chefs sous les ordres desquels il a servi. C'est l'un des plus beaux types d'officiers que j'aie rencontré. Exemple vivant de tous les instants pour les cadres comme pour les élèves, à tous les points de vue. Possède au plus haut point l'esprit du devoir  et le fanatisme de son métier, vertus qu'il s'est efforcé de communiquer à ses élèves, et y a réussi. Joint à ses qualités d'intelligence, de travail, d'énergie, de modestie, la passion des responsabilités et du Commandement et la plus haute valeur morale. Officier à pousser dans l'intérêt de l'Armée.

 

St-Cyr, le 26 Juillet 1937

 

Le Colonel LEGENTILHOMME Commandant en second

 

L'Ecole Spéciale Militaire

 

Signé : LEGENTILHOMME.

 

 

 

1938

 

Je ne saurais rien ajouter aux notes que j'ai données l'an dernier au Capitaine de Hauteclocque et dont la meilleure justification est son admission à l'Ecole Supérieure de Guerre dans le rang le plus brillant.

 

St-Cyr, le 7 septembre 1938

 

Le Colonel LEGENTILHOMME Commandant en second

 

L'Ecole Spéciale Militaire

 

Signé : LEGENTILHOMME.

 

Certainement très intelligent, saisissant vite les questions s'est employé de son mieux, et a cherché à suppléer par la réflexion et le bon sens au manque de connaissances techniques du métier d'E.M. qu'on  ne saurait d'ailleurs lui reprocher. Gagnerait peut-être à traiter les questions avec un plus grand souci des détails d'exécution.

 

Les circonstances n'ont pas permis de mettre à l'épreuve ses connaissances  dans le domaine tactique ; n'en a pas moins donné l'impression d'un officier très bien doué et possédant toutes les qualités requises pour faire un très bon officier d'E.M.

 

Mézières, le 8 octobre 1938

 

Le Lt-Colonel OURNIER, chef d'E.R. de la 52° D.

 

Signé : CURNIER.

 

 

 

1939

 

ESG. Officier de grande classe, d'une intelligence claire et rapide, d'un jugement très droit ayant de l'originalité dans les idées, une excellente méthode, beaucoup de maturité et une personnalité accusée, en dépit de sa modestie et de sa simplicité.

 

Caractère très droit, très distingué, haute valeur morale et excellente attitude.

 

Un vrai cavalier qui a une magnifique aisance sur le terrain une vision nette, une décision prompte. A été unanimement apprécié faisant preuve d'une certaine maîtrise au cours des voyages et s'affirmant déjà comme un Officier d'Etat-major de premier ordre. Bien en Allemand. S'est classé le premier de sa promotion réussira certainement en 2° année.

 

Officier d'avenir à pousser et qui doit, dès que possible, prendre rang pour l'avancement.

 

1° août 1939

 

Le Colonel MER

 

Commandant en second l'Ecole Supérieure de Guerre

 

Signé : MER.


9. Le Maroc (1926).

 

 

La France est présente en Algérie (1830), en Tunisie (1882) et au Maroc (1912). Le protectorat sur le Maroc doit faire face à une insurrection menée par Abd el-Krim. La pacification (rallier les tribus insoumises), confiée d'abord au maréchal Lyautey, s'achève en 1924 Le lieutenant de Hauteclocque choisit une affectation au Maroc (8e régiment de spahis algériens) à Taza en 1926. En septembre 1927, il rejoint l'école des officiers marocains de Dar el-Beïda, créée en 1918 par Lyautey pour former les cadres des troupes. Professeur d'instruction générale et instructeur de cavalerie, il emploie ses loisirs à étudier la religion musulmane auprès de ses élèves et à perfectionner sa pratique des langues arabe et berbère. Il reçoit ses élèves dans sa propriété de Tailly. Dar el Beïda a été, pour lui, un lieu riche d'échanges culturels. Il est séduit par le Maroc traditionnel. En 1929, impatient d'opérer en zone insoumise, il rejoint M'zizel, comme commandant du 38e goum. Il est cité à l'ordre de l'armée pour son courage lors du combat de Taguendoust le 13 juillet 1930. Peu après, il est nommé instructeur à Saint-Cyr. En 1933, profitant des vacances, il embarque, à ses frais, sur un Latécoère assurant la liaison Toulouse-Rabat. Court-circuitant le commandant supérieur des troupes du Maroc, il obtient le poste d'adjoint au commandant d'un goum pour l'attaque du Kerdouss à laquelle il participe pendant un mois et se distingue le 11 août au combat d'Aghbadlou. Philippe de Hauteclocque obtient une palme supplémentaire à la croix de guerre des théâtres d'opérations extérieurs. Cet épisode atypique dans la vie d'un lieutenant de l'époque, révèle un meneur d'hommes qui n'hésite pas à monter en première ligne avec ses soldats.


10. Rapport de Hauteclocque (1930).

 

 

 

 

RAPPORT DE HAUTECLOCQUE DE JUILLET 1930

(Sources : Mémorial Leclerc de Hauteclocque, Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)

 

REGION DES CONFINS A. MAROCAINS

 

TERRITOIRE DU SUD

 

CERCLE DE KERRANDO

 

POSTE DE M'ZIZEL

 

 

 

Rapport du Lieutenant de Hauteclocque, détaché au 38° Goum sur le Combat de Ksiret Ou M'Barka, 13 Juillet 1930.

 

Parti de M'Zizel le 13 vers 10 h 30, le goum arrivait à environ 1 km Est des collines de Mouabane vers 11 H 50.

Il se trouvait dans la formation suivante : cavaliers de la fezzaa, cavaliers du goum en colonne de pelotons à 400 m, chaque peloton en lignes d'escouades largement espacées, puis, infanterie du goum et de la fezzaa. A ce moment le lieutenant Lecomte me donne les Ordres suivants : " Je fais occuper le Timezdarine par nos partisans, avec les cavaliers du goum, direction le Timesjaline ou tu t'arrêteras en attendant de nouveaux ordres; je te suis avec l'infanterie. L'ordre reçu par le Lieutenant Lecomte est en effet d occuper; le Timezdarine et d'y attendre le Chef de Bataillon Commandant le Cercle).

 

Les partisans montent en effet au Timezdarine et je les vois occuper le col. Je prends la direction du Timezjaline dans la formation suivante : une escouade d'éclaireurs largement espacée à 3 ou 400 m devant moi, faisant ses bonds au trot et commandée par l'excellent brigadier Ouzine. Le 1° peloton en ligne d'escouades à 200 m sous les ordres de l'adjudant, immédiatement derrière moi. Le 2° peloton dans la même formation que le 1° à 4 ou 500 m. derrière sous les ordres du Maréchal des Logis Brand. Le terrain se présente de la façon suivante : sorte de plaine coupée de ravins nombreux, recouverts de haute alfa, dominée au nord par la montagne (2 à 3 km.) et au sud par les collines de Mouabane qui ont été visitées par les éclaireurs.

 

A environ 2 km du Timezdarine, brusquement la fusillade éclate très violente du premier coup. Heureusement de tous les éclaireurs largement espacés, un seul est touché le brigadier Ouzine, je le vois s'affaisser sur sa selle, son cheval reçoit en même temps une balle dans les naseaux, un autre cheval d'éclaireur est blessé mais tous peuvent se replier au galop sur nous. A 50 m devant moi une sorte de petite crête est évidemment libre; je dis à l'adjudant : combat à pied immédiatement là-dessus. Il se précipite occupe la petite crête et ouvre immédiatement le feu. Je me retourne vers le 2° peloton qui arrivait au trot et lui fais signe de se porter à main droite (nord) sur les hauteurs plus importantes qu'il importe de tenir. A ce moment l'adjudant me crie : " mon Lieutenant, il faut décrocher, regardez où ils sont ". Devant nous et sur notre gauche, nous débordant déjà, une large ligne d'au moins 4 à 500 m d'hommes surgit de l'alfa, au pas gymnastique à environ I00 m devant nous. Touzain décroche immédiatement au galop, plusieurs chevaux sont tués, plusieurs goumiers blessés, mais tous peuvent se replier au galop. Seul un très jeune goumier " Boujadi " manque son coup pour monter à cheval, sa selle tourne légèrement, il est pris par les Chleuhs, sain et sauf. Au moment où Touzain passe à côté de moi, je lui dis en lui montrant une crête à environ 400 m, au sud-est : " combat _à pied là-bas car il faut absolument protéger l'installation de l'infanterie sinon c'est le décrochage général ".

 

Je fais moi-même demi tour au galop; le dernier avec mon ordonnance. La fusillade est très violente et les chleuhs progressent très rapidement. Au bout de 150 m environ, en sautant un fossé à moitié recouvert d'alfa, mon cheval manque son coup et nous roulons ensemble dans le fossé. Mon ordonnance se précipite, me dégage, me donne son cheval et réussit à sauter sur le mien. Sans son dévouement il est probable que je ne m'en serais pas tiré. Aussitôt à cheval il me crie : " je crois bien que l'adjudant est tué, on ne le voit plus ". Je mets alors sabre à la main et crie " ralliement " dans le but de faire demi-tour pour le chercher. A ce, moment je vois le Lieutenant Lecomte galoper sur le Maréchal des Logis du 2° peloton qui avait cru devoir lui aussi décrocher sans ordre, et il lui commande : " voulez-vous faire demi tour, sabre à la main : " Celui-ci obéit immédiatement et me rejoint. Je crie alors en avant " et nous chargeons. Malheureusement u grand nombre de chevaux sont déjà hors de combat des goumiers également les jeunes qui forment les trois quarts du goum et n'ont jamais vu un baroud, chargent comme les autres mais ne poussent pas à fond leurs chevaux, si bien qu'au total à ma hauteur ne se trouvent environ qu'une 15° de cavaliers. Aussitôt notre mouvement, les chleuhs s'arrêtent, la fusillade est très violente. Arrivés tout près de l'ennemi  nous sommes en premier échelon 7 à 8 ; le reste ayant dû s'échelonner, en particulier suivant la qualité des chevaux. Un Goumier tombe mais peut heureusement être pris par un camarade.

 

Je suis donc obligé de crier demi-tour, pendant le demi-tour un goumier me crie " l'adjudant est mort, il est là-bas " en me montrant la direction de l'ennemi. Je lui dis : " pourquoi ne l'as-tu pas ramassé. " Nous arrêtons, faisons de nouveau demi-tour, et je crie : " 100 douros à celui qui me ramènera l'adjudant ! " A ce moment mon cheval est touché, je suis obligé d'en changer ; les chleuhs avancent toujours rapidement; nous devons faire demi-tour. Le Maréchal des Logis me crie : " je suis touché mais ce n'est pas grave ".

 

Près de nous à 3 ou 400 m au sud se 'trouve la colline la plus importante de la position; si nous ne la tenons pas la situation de l'infanterie, au N.E. de cette colline sera difficile. Je crie donc " combat à pied la colline " ; ce qui est fait rapidement par les cavaliers. Pendant que nous grimpons d'un côté, les salopards grimpent de l'autre et tenant chacun une extrémité de l'arrête, nous ouvrons le feu. Malheureusement les balles arrivent également avec une grande précision du Sud, un goumier est blessé, une balle me frappe l'extrémité du pouce et déchire ma vareuse. Nous pouvons cependant rester au moins 15 à 20 minutes et quelques goumiers à côté de moi se conduisent à merveille. Les chleuhs attaquent la crète comme une troupe régulière; deux du sommet tirent sans arrêt, ceux de la plaine progressent par bonds dans l'alfa en lignes très souples.

 

Je vois pendant ce temps que l'infanterie avec le Lieutenant Lecomte a pu décrocher dans de bonnes conditions, au N. de notre colline Elle occupe solidement une petite crète plus en arrière. Les chleuhs avancent toujours en particulier par le sommet, il faut décrocher. Le temps que nous descendions au pas gymnastique et sautions à cheval, les salopards courant sur la crète, arrivent où nous étions quelques minutes auparavant, 2 chevaux sont tués, les goumiers peuvent heureusement sauter en croupe. Une autre crète succède à la première, je crie combat à pied et nous l'occupons. Des partisans à pied y arrivent en même temps que nous, la position est donc très forte. A ce  moment je vois de nombreux points noirs, dans la plaine d'Ikhf Aman, utilisant un ravin de cette plaine et courant pour nous déborder par le sud. Au Timezdarine (N) d'autre part le baroud continue et j'en ignore le résultat : si l'ennemi réussit à s'infiltrer dans l'Ikhfen Roumi au Nord, et dans 1'Ikhf Aman au Sud, nous nous trouverons dans un filet. Le rôle de la cavalerie est donc évidemment de parer à la menace d'encerclement par la plaine. Nous sautons à cheval, je crie " sabre à la main " et, par un large mouvement tournant, avec les 15 ou 18 cavaliers qui restent (effectif total 50, 4 ou 5 permissionnaires ou malades; 10 blessés environ; 10 chevaux hors de combat environ; 2-agents de liaison avec l'infanterie, etc...) à grands intervalles, nous partons face au Sud. Les chleuhs les plus avancés font demi-tour en courant, se replient sur un ravin solide. Au fur et à mesure que nous approchons le tir devient de plus en plus précis, 2 chevaux sont blessés, les chevaux fatigués s'échelonnent; Brand et moi les aborderons avec un maximum de 5 à 6 goumiers, il faut donc s'arrêter. Mon cheval reçoit une balle dans un membre. Des collines de Mouabane on nous tire toujours dessus.

 

Nous assistons alors au décrochage du djich. De petites colonnes en ordre parfait se replient vers Aguentour (Sud-ouest) où un feu est allumé depuis longtemps. Nous tirons sans arrêt à cheval et à pied et voyons nos balles dans la poussière ; à 2 reprises un point noir tombe 2 autres se précipitent, et une tache plus sombre repart.

 

Derrière ces petites colonnes une arrière-garde solide opère par flux et reflux successifs. Aussitôt que nous avançons au galop elle s'arrête et ouvre un feu très précis (1 cheval blessé)t aussitôt que nous faisons demi-tour elle se précipite pour nous suivre. J'expédie à 3 reprises différentes une reconnaissance de 3 goumiers voir si les collines sont toujours tenues, les 2 premières fois ils sont reçus par une vive fusillade, la 3° il n'y a plus personne. Nous partons donc au galop, occupons les collines, et ramassons le corps de l'adjudant : les chleuhs n'ont eu le temps de rien lui enlever, je prends ses objets personnels. A ce moment le baroud est fini, le djich se replie rapidement vers Agoudim, il a duré en tout 2 heures et demie de 12 h à I4 h 30.

 

Mes principales impressions personnelles sont les suivantes :

 

1°) Si l'avant-garde du Lieutenant Lecomte avait été de l'infanterie au-lieu de cavalerie, elle n'aurait pu se replier étant donné : la courte distance, la rapidité et la largeur du front de l'attaque.

 

2°) Le sabre a  joué au point de vue moral, un rôle de première importance : les goumiers (trois quarts de boudjadis n'ayant jamais vu de baroud) au galop, serrés de près, se seraient peut-être arrêtés mais ne seraient certainement pas repartis en avant et l'ennemi ne se serait pas arrêté. Le seul geste de mettre le sabre à la main les a poussés en avant. Si les charges, au lieu d'être menées avec 15 ou 20 hommes l'avaient été avec 40, l'ennemi aurait peut être fait demi-tour.

 

3°) L'ennemi était parfaitement visible dès que nous décrochions, mais aussitôt que nous ouvrions le feu, les objectifs disparaissaient son tir était d'une précision remarquable et les manoeuvres de débordement commençaient à droite et à gauche. Les armes automatiques n'ont jamais pu intervenir utilement (les cavaliers avaient L.F.M.) à cause de la rapidité des différents mouvements et du mélange complet des différentes escouades, les hommes manoeuvrent uniquement par imitation du chef.

 

4°) C'est grâce aux chevaux que, les pertes se sont limitées à l'adjudant car sans eux les décrochages n'auraient pusse faire, et les blessés n'auraient pu se replier. Malheureusement pendant ces décrochages les chevaux sont forcément en paquet, à cause des gardes-chevaux et forment un bel objectif.

 

 

 

 

 

M' Zizel 15 Juillet 1930


11. Rapport du Colonel Trinquet (1931).

 

 

L'HOMME 1902 - 1940 PHILIPPE DE HAUTECLOCQUE TÉMOIGNAGES ET ÉCRITS DE HAUTECLOCQUE

RAPPORT DU COLONEL TRINQUET

(Sources : Mémorial Leclerc de Hauteclocque, Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)

 

RAPPORT

 

Du Colonel TRINQUET, Commandant le groupement T, tendant à l'inscription au Tableau supplémentaire de la Légion d'Honneur au titre " Faits de Guerre " du Lieutenant de Hauteclocque, de l'arme de cavalerie, détachés à l'encadrement des partisans du Jerklaa.

 

 

 

 

 

Sorti de Saint-Cyr en 1924, et de SAUMUR en 1925, le Lieutenant d HAUTECLOCQUE qu'anime un désir ardent de servir, obtient d'être envoyé au Maroc comme s/lieutenant en 1926. Affecté au 8e spahis, il prend part avec ce régiment aux nombreuses tournées de police nécessités par les derniers spasmes de la dissidence Riffaine au Maroc. Son escadron étant relevé effectivement en Août 1927, afin de ne pas quitter le Maroc, il se fait affecter comme instructeur à DAR BEIDA, il y reste jusqu'en Mai 1929 et s'y signale par son zèle, son activité intelligente.

 

Mais la vie périlleuse des marches frontières l'attire et sur ses instances il est détaché en Mai 1929 au poste de M'ZIZEL. Il y prend part au débloquement d'AIT YACOUB en juin 1929 et en fin A929 et pendant l'année 1930 à de nombreuses poursuites de Djiouch où il apporte son ardeur, sa bravoure et sa ténacité habituelles ; le 13 juillet 1930 au Col n'FSIRET ou n'BARKA il barre la route avec son Maghzen à un djich de 150 à 200 AIT HAMOUT. Après un combat très dur, où il est blessé au bras, il force le djich au repli et le poursuit pendant 10 kilomètres, lui infligeant des pertes sévères. A la suite de ce brillant fait d'armes, il est l'objet d'une proposition pour la Croix de la Légion d'Honneur, proposition qui se transforme en citation à l'Ordre de l'Armée.

 

Rapatrié en Janvier 1931 et affecté comme instructeur de cavalerie à l'École Spéciale Militaire, le Lieutenant de HAUTECLOCQUE vient au cours d'un congé de trois moi de revenir au Maroc, où il a brigué le périlleux honneur d'être placé à la tête des forces supplétives. Affecté au Groupement T avec ses 150 partisans, il a su, au cours des très durs combats dans le KERDOUS du 6 au 11 août, été le premier artisan du succès. Toujours à l'avant-garde, toujours placé dans des situations difficiles, il a toujours conquis ses objectifs grâce à sa magnifique bravoure, à son allant endiablé et à ses qualités manœuvrières. Le 11 août notamment à Agbalou, il a par un hardi mouvement tournant fait pencher la balance en faveur de nos armes et amené le magnifique succès qui a suivi, c'est-à-dire la soumission du bloc AIT HADDIDOU et AIT YAHIA.

 

 

 

Il est digne à tous points de vue de l'inscription au Tableau exceptionnel pour chevalier de la Légion d'Honneur  que je demande pour lui, avec le motif suivant :

 

Remarquable entraîneur d'hommes, d'une bravoure et d'une abnégation au-dessus de tout éloge est revenu volontairement au Maroc, où il s'était déjà signalé de 926 à 1931 et où il avait été blessé le 13 juillet 1930. A commandé remarquablement les partisans d'avant-garde d'un Groupement au cours de notre progression sur l'INDCHAS et le KERDROUS ; a partout et toujours conquis ses objectifs, faisant preuve d'un mépris du danger et d'un sens du terrain absolument remarquables. Le 11 août notamment au combat d'AGHBALOU a été par sa manœuvre hardie sous un feu extrêmement violent le facteur déterminant du succès de nos armes.


12. Le métier de fonctionnaire.

12. Le métier de fonctionnaire.

 

 

 

Le métier de fonctionnaire prépare-t-il à être un chef ?

 

Chaque fois que dans l'armée l'ambiance fonctionnaire réapparaîtra, (par l'organisation du travail par exemple) ce sera funeste...

 

La bonne subordination du cavalier en temps de guerre doit être le résultat de la communauté de pensée et non le fait " d'attendre l'ordre ". Elle doit se manifester par une initiative formidable.

 

Le libéralisme sous toutes ses formes dans tous les milieux ne peut se permettre de jouer que se si l'ordre règne.

 

La décentralisation est nécessaire dans le combat pour permettre l'initiative. Qui aura le dessus? Chars ou engins anti-char.


13. Manuscrit de Hauteclocque (1935).

 

 

 

L'HOMME 1902 - 1940 PHILIPPE DE HAUTECLOCQUE TÉMOIGNAGES ET ÉCRITS DE HAUTECLOCQUE

MANUSCRIT DE HAUTECLOCQUE

(Sources : Mémorial Leclerc de Hauteclocque, Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)

 

 

MANUSCRIT DU CAPITAINE DE HAUTECLOCQUE COMMANDANT L'ESCADRON DE ST CYR - 1935

 

 

 

La hantise du travail chez le cavalier et le maintien de l'esprit cavalier ;

 

Dans les périodes de crise et de flottement comme celle que traverse actuellement  notre arme où se raccrocher sinon à l'Histoire. Or n'oublions pas : à Turkheim succède Rombach, à Rombach Iéna, à Iéna Sedan, à Sedan 1918, à 1918... Le français est ainsi fait.

 

Le règlement fut toujours en retard au début de chaque guerre... ! Que sera-ce à notre époque où le progrès, le bouleversement, de l'armement est non plus par tranches de 20 ans mais annuel.

 

Une évidence s'impose donc : si l'on veut qu'au jour J " l'instrument " soit à la hauteur, nous n'avons pas le droit de souffler. Le cavalier doit avoir la mentalité d'un Campbell cherchant sans cesse à battre ses propres records. Le cavalier avec un petit c que peut-il dans sa modeste sphère ? Beaucoup : entretenir l'esprit.

 

Pourquoi l'esprit cavalier est-il difficile à entretenir ? Parce que c'est un esprit d'entreprise donc étouffant en temps de paix. Un des premiers fortifiants à lui donner c'est le sport mais vous voyez de suite quel sport, celui qui, fut ce de très loin vous oriente vers la guerre.

 

Ce devoir sacré de travail est-il facile à saisir à l'Escadron de St-Cyr ?

 

La responsabilité pouvant incomber dessous à un Lieutenant de Cavalerie.

 

Le changement de situation au jour J parce qu'il a su instruire son peloton.

 

Les différences : ex du Maroc.

 

Etre à l'escadron, ce que cela veut dire ?

 

Changer d'arme ?

 

La cavalerie? Ils l'ont voulue.

 

Les féliciter mais les mettre en face de leur responsabilité.

 

C'est le propre du pauvre type de ne pas endosser ses responsabilités.


14. Rapport de Capitaine Hauteclocque (28/05/1940).

14. Rapport du Capitaine Hauteclocque (28/05/1940).

 

 

 

L'HOMME 1902 - 1940 PHILIPPE DE HAUTECLOCQUE TÉMOIGNAGES ET ÉCRITS DE HAUTECLOCQUE

RAPPORT DU CAPITAINE DE HAUTECLOCQUE

RAPPORT DU CAPITAINE DE HAUTECLOCQUE AFFECTE PRECEDEMENT A L'E.M. DE LA 4ème D.I. CONCERNANT SON RETOUR DANS LES LIGNES FRANCAISES.

 

(Sources : Mémorial Leclerc de Hauteclocque, Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)

 

 

 

Le 28 Mai vers 6 H. du matin je me trouvais à côté du pont de LOMME-les-LILLE, à côté du Général MUSSE Commandant la 4ème D.I. à laquelle j'étais affecté depuis le début de la guerre comme chef du 3° bureau. Situation de la Division : la plus grande partie des services et de l'Artillerie, mis en route la veille de la région de SECLIN vers la région N.O. d'ARMENTIERES, avaient peut-être réussi à franchir les éléments ennemis formant déjà barrage entre LILLE et la côte. Les éléments d'Infanterie, arrêtés et coupés au cours de la nuit avaient replié dans LILLE ainsi que les éléments de cinq à six D.I., D.L.M., G.R. etc.... (15° D.I, 25°D.I...).

 

Le Général MUSSE d'accord avec d'autres généraux et Colonels présents ; et avec son Commandant d'I.D. avait tenté d'organiser une défense de LILLE face au Sud, au Sud-Est et Sud-ouest, en vue de permettre un écoulement éventuel des éléments vers le N.O.

 

Vers 8 H. de nombreux renseignements confirmaient l'arrêt du mouvement et la réalisation de l'encerclement par l'ennemi. Je dis alors au Général " Je ne veux pas être prisonnier, mon rôle comme officier d'Etat-major sans troupe est devenu inutile, m'autorisez-vous à tenter ma chance - c'est entendu répondit-il avec une chaleureuse poignée de mains ".

 

Je me portais à la lisière Sud de LILLE comptant attendre la nuit. Voyant que l'ennemi ne pressait que faiblement, je poussai jusqu'a FUCHES et VENDEVILLE. A la sortie Sud du village je me jette dans un champ de seigle et assiste à la manoeuvre d'une colonne motorisée allemande, celle-ci comprenait 5 à 6 chars, 3 à 4 camions

 

chargés d'hommes, 3 à 4 camions remorquant des armes anti-chars; Voyant qu'un combat très violent se déroulait dans la région de WATTIGNIES, la colonne abandonne son axe de marche et pousse sur WATTIGNIES, une heure plus tard, le combat de WATTIGNIES était terminé.

 

Des éléments d'Infanterie et d'Artillerie passent de part et d'autre de mon champ de seigle m'obligeant à y rester. Je suis frappé par la consommation extraordinaire de munitions faite par les armes automatiques ennemies dans la région de LESQUIN, elles tirent sans arrêt ?  Sur quoi ? Peut-être du bluff ?

 

Nuit du 28 au 29.

 

Je reprends ma progression vers le Sud, mais suis arrêté à ENNETIER7S et contraint de contourner FRETIN par l'Est. J'assiste au défilé d'importantes colonnes motorisées allemandes sur la route d'ENNETIERES-FRETIN, dans les deux directions. Les postes allemands commettent tous la faute de crier " wer da " trop tôt me permettant de disparaître dans la nuit. J'atteins le bord Est de la Rive.

 

Journée du 29.

 

Je la passe dans le petit bois. Vers 8 H. une colonne de chars (dizaine environ) y pénètre. Le char T.S.F. s'installe à 50m. De moi et j'­entends de la musique allemande pendant la majeure partie de la journée.

 

Nuit du 29 au 30.

 

Je compte me diriger sur ORCHIES. Malheureusement je ne possède pas de boussole, les nuages cachent l'étoile polaire, i1 faut éviter les villages, les couverts et les chemins. Vers 3H. J'arrive à une agglomération et frappe à une maison isolée, visiblement habitée par des civils (chien). On m'ouvre, me dit que je suis à OSTRICOURT mais on refuse de me donner des vêtements civils et on me supplie de disparaître. Je suis mis à la porte de deux autres maisons (dont le presbytère), un ouvrier déclare qu'il me dénonce à la Kommandantur si je ne disparais pas. Indigné je lui arrache sa casquette et sors. Au petit jour, deux jeunes gens m'indiquent une maison abandonnée où je trouve un vieux bourgeron et une bicyclette. J'abandonne dans un champ mes effets militaires sauf mon imperméable.

 

Journée du 30.

 

Voyant la région parcourue par de nombreux convois de réfugiés, je les invite en attachant sur ma bicyclette des ballots d'effets. Je passe la SCARPE au pont de LALLAING. Le génie allemand le répare aidé par des équipes d'ouvriers français très bien traités et travaillant de bon coeur en souhaitant avant tout " que cela finisse ". Je gagne ensuite CAMBRAI par la N. N° I7 en évitant DOUAI.

 

Au Nord de CAMBRAI de part et d'autre de la route, j'assiste au départ et au retour de nombreux avions allemands (30 à 40) de bombardement (JUN­KERS) qui utilisent les plaines étendues pour se disperser au sol au maximum. Des pièces de D.C.A. sont en batterie à l'Est de la route. Je suis dépassé surtout par des voitures de tourisme semblant porter des officiers d'E.V. et filant vers le Sud.

 

Nuit du 30 au 31.

 

Je la passe dans une maison abandonnée du faubourg N. de CAMBRAI, complétant mon habillement civil.

 

Journée du 31.

 

Je traverse CAMBRAI et décide de continuer en bicyclette vers ST-QUEN­TIN, bien que la circulation des convois civils ait disparu. Je croise des unités allemandes variées, d'une part des divisions normales, jeunes, dont certaines font de l'instruction près des cantonnements : école de canon anti-chars, ordre serré, théories autour des gradés. D'autre part des convois motorisés avec quelques chars descendant du N. et ayant déjà été engagés (saleté, poussière, fatigue des hommes dormant sur les camions). Le mouvement de voitures de tourisme vers le S. continue. Je croise 2 A.M.D. Panhard, 2 ou 3 chars Hotchkiss 2 Somua incendiés, ainsi que de nombreux camions français;

 

Vers 10h au carrefour central de BELLICOURT, un Lieutenant allemand m'arrête " vos papiers ! Votre carte de circulation allemande ". Je n'en possède pas et suis emmené au Bataillon devant le Lieutenant TENGLER. Là, fouille générale, y compris chaussettes et chaussures. Je déclare habiter ST-QUENTIN où ma femme se trouve encore. J'ai cru détruire toutes mes pièces militaires, mais le Lieutenant en fouillant une poche intérieure de portefeuille, que je n'utilise jamais, trouve un mandat du Trésorier de l'Ecole Supérieure de Guerre au nom du Capitaine de HAUTECLOCQUE. Le boche d'un ton solennel " Monsieur, vous êtes prisonnier de Guerre, si vous essayez de fuir, nos sentinelles vous tueront ".

 

Je suis enfermé dans une grange possédant une fenêtre qui donne sur la route nationale ce qui me permettra pendant 24h d'observer toute la circulation, circulation comportant toujours une proportion importante de voitures de liaison de grand luxe (Mercédès) portant des Officiers dont certains de grade élevé. Vers 13h on amène trois jeunes français déguisés en ouvriers, soldats eux aussi de la 9° D.I. Ils erraient depuis six jours dans les lignes et ont été livrés à la Kommandantur par un indigène chez qui ils s'étaient arrêtés.

 

Officiers, gradés et hommes allemands se montrent très corrects, nous donnent une abondante soupe au riz améliorée par de la viande abattue sur place. Un Lieutenant me déclare " La guerre sera finie dans un mois, nous venons d'apprendre par la radio que les divisions françaises du Nord ont capitulé. Les Anglais ont réussi à réembarquer beaucoup des leurs et ont laissé tomber les français... Je viens de voir un camarade descendant du Nord, il va maintenant régler le sort de vos divisions de l'Est (?) ". Par le trou de la serrure, j'assiste au rassemblement de la Compagnie : gardes à vous, heil Hitler, choeurs, etc.... Hommes jeunes, division qui n'a pas encore combattu.

 

1er Juin : Vers 14h : debout, on nous évacue sur la division dans un camion, sols la garde de deux hommes baïonnette au canon. Le Lieutenant WENGLER a commis la faute de ne pas remettre au conducteur une fiche nous concernant, et de placer à côté, de nous un sac contenant tous nos objets provenant de la famille. J'ai le temps de prendre ma boîte particulière, mon portefeuille, et de jeter le papier de l'E.S.G.

 

Vers 15 H. arrivée au P.O.D.T. à BOHAIN. Interrogatoire par un Colonel plein de morgue. Je reprends les mémos arguments : habitait à ST-QUENTIN etc... je suis réformé, inapte à tout service militaire, m'appuyant sur une ordonnance médicale datée du Maroc me prescrivant de la quinine 3 fois par jour. J'ajoute que je suis père de 6 enfants, délié de ce fait de toute obligation militaire. L'indignation du boche ne connaît plus de borne. Je l'entends en allemand qui dit à son adjoint "Que dites-vous d'une nation où l'on n'est plus tenu de défendre son pays parce-que l'on a 6 enfants". Enfin il dit à l'interprète "si vous trouvez une preuve que celui-ci est inapte physiquement, laissez-le aller nous en avons assez ? S'insiste sur l'ordonnance, "allez-vous en " puis- je avoir un passeport ? Allez-vous en, tant pis si l'on vous arrête encore ". Je suis libre dans le rue de BOHAIN.

 

Je gagne avant la nuit le village de FRESNOY-le-GRAND. Un vieux paysan me donne une omelette, un morceau de pain, et surtout un calendrier des P.T.T. avec une carte du département de l'Aisne.

 

Nuit du I au 2.

 

Je passe non sans difficulté une rivière et des tarais à CROIX FONSOMME et pousse en direction du Sud-ouest.

 

Journée du 2.

 

Au lever du jour je suis dans un petit bois et la silhouette de la Cathédrale de ST-QUENTIN se détache devant moi : une route à ma droite ; celle de ST- QUENTIN HOMBLIERES et une route à ma gauche ST-QUENTIN.

 

De 4h à 9h30 j'assiste au défilé d'une division allemande v de la route de droite et disparaissant par celle de gauche : en tête de chaque unité les Officiers à cheval, puis les hommes par quatre parfois des fifres et tambours plats, pas de précautions de D.C.A. Les taillons et les batteries d'Artillerie sont alternés.

 

Vers 14h je suis obligé d'évacuer nos boqueteaux utilisés par un poste de transmission allemand, et je me réfugie dans un buisson de la route. Vers I9h un avion allemand capote en atterrissant et flambe. La nuée de badauds qui se précipitent de tous les couverts permet d'estimer l'importance de l'occupation.

 

 

 

Nuit 2 au 3.

 

Je fais route vers le Sud. L'orientation est facile grâce à l'étoile polaire. De plus, j'entends dès maintenant les 2 artilleries. A ma droite et à ma gauche circulation normale de convois en majorité hippo, entre les villages, qui sont tous occupés. J'atteins un buisson du talus de la voie ferrée, 1 Km Ouest d'ESSIGNY-1e-GRAND.

 

Journée du 3

 

Un poste allemand se trouve à 100 mètres du buisson m'interdisant tout mouvement. La voie ferrée, presque partout en déblai est utilisée par l'ennemi comme cheminement pour ses motocyclistes (5 ou 6 au cours de la. journée).

 

Nuit du 3 au 4.

 

Je repars vers le Sud, trouvant dans la Bône d'arrivée des projectiles d'artillerie française. J'observe une batterie allemande en action au Nord de CLASTRES. Je ne peux passer entre CLASTRES et MONSCOURT, 1a ligne étant continue. Enfin, après avoir entendu de nombreux : "Wer da", j'atteins un canal (1 Km N.O. de JUSSY). Une patrouille allemande parle à ma droite, une autre a allumé une lampe à ma gauche. Je tente de passer à la nage mais je coule.


15. Jugement de la cour d'appel de Riom (06/07/1943).

 

 

 

L'HOMME 1902 - 1940 PHILIPPE DE HAUTECLOCQUE TÉMOIGNAGES ET ÉCRITS DE HAUTECLOCQUE

JUGEMENT DE LA COUR D'APPEL DE RIOM

 

(Sources : Mémorial Leclerc de Hauteclocque, Musée Jean Moulin, Mairie de Paris)

 

Jugement de la cour d'appel de riom le 14 décembre 1944 annulant la décision prise le 11 octobre 1941 qui condamnait a mort le capitaine de Hauteclocque

 

 

 

EXTRAIT DES MINUTES DU GREFFE DE LA COUR D'APPEL DE RIOM

 

 

Par arrêté en date du quatorze décembre

 

Mille neuf cent quarante quatre

 

 Cour d'Appel (de Riom, chambre de révision, a annulé la décision rendue le 11 Octobre 1941 par la Cour martiale de Sannet (contumace)

 

Contre le nommé de Hauteclocque Philippe François Marie

 

Fils de Adrien François Marie

 

Et de Marie Thérèse Adèle Josèphe Van der Cruisse de Wiziers

 

Agé de 42 ans, étant né le 22 novembre 1902

 

A Belloy Saint Léonard

 

Arrondt d'Amiens départt de la Somme

 

Profession de Commandant de la 2e Division Blindée française sous le nom Général Leclerc

 

Le condamnant à la peine de mort et à la confiscation de tous ses biens au profit de la Nation

 

Pour crimes et manoeuvres contre l'unité de sauvegarde de la patrie

 

Et a déclaré que cette condamnation disparaîtra de son casier judiciaire, le tout par application de l'ordonnance du 6 juillet 1943.