Biographie

Crédit photos  :PARIS MUSEE - LES MUSEES DE LA VILLE DE PARIS -  MUSEE DU GENERAL LECLERC DE HAUTECLOCQUE ET DE LA LIBERATION DE PARIS - MUSEE JEAN MOULIN.

Avec l'accord de la directrice Madame Christine Lévisse-Touzé, conservateur général.

L'homme


  L'homme [ 1902 - 1940 ]


    II. Biographie

 

1. Biographie du Général Leclerc.

 

Philippe de Hauteclocque, né en Picardie, adolescent lors de la Première Guerre Mondiale, en connait les misères et les deuils et aussi les joies de la Victoire de 1918. Avant ses vingt ans, il décide de consacrer sa vie à son pays en choisissant la carrière des armes.


Saint-Cyrien de 1922 à 1924, il est capitaine lorsque la Seconde Guerre Mondiale éclate et subit le déferlement des "Panzers". Deux fois prisonnier, il s'évade les deux fois et, en juillet 1940, alors que les armées nazies occupent la France après l'Armistice, il rejoint le Général de Gaulle à Londres en prenant "LECLERC" comme nom de guerre.

En 1945, il obtiendra que ce nom soit ajouté à son patronyme, afin que, dans l'avenir, lui et ses descendants s'appellent "LECLERC DE HAUTECLOCQUE".


Dès août 1940, le colonel LECLERC rallie à la "France Libre" les colonies d'Afrique Équatoriale Française, lui donnant ainsi un territoire et une force militaire.

Recevant le commandement du Tchad en décembre, il porte aussitôt ses efforts vers la Lybie italienne.

Le 1er mars 1941, avec 400 hommes montés sur 60 véhicules et après une chevauchée de plus de 1500 kilomètres dans le désert, LECLERC s'empare de l'oasis de KOUFRA, symbole de la puissance italienne en Afrique. Le lendemain il fait jurer à ses compagnons "de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg". C'est le Serment de KOUFRA. Le Général de Gaulle le fait Compagnon de la Libération et le nomme général.

L'année 1942, tournant de la guerre où les forces de l'axe Rome-Berlin commencent à essuyer des revers, est employée par le général LECLERC à reconnaître et conquérir le Fezzan, la partie occidentale de la Lybie. Après le débarquement allié au Maroc et en Algérie, la "Colonne LECLERC" fait jonction en janvier 1943 à Tripoli avec la Ville Armée Britannique du général Montgomery sortie d'Égypte.

Participant à l'éviction des Allemands et des Italiens de Tunisie, la colonne devenue la "Force L" puis la 2e Division Française Libre arrive à Tunis le 8 mai 1943.


Au cours de toutes ces campagnes, LECLERC vit auprès de ses hommes couchant comme eux à même le sol, s'inquiétant à chaque instant de leur moral et de leur ravitaillement. Sa foi en la victoire finale, son sens du terrain et de la manœuvre, son omniprésence, l'ont fait adopter d'emblée par ses hommes qui lui apportent adhésion et dévouement sans faille.

Quand il reçoit, à l'été 1943, la mission de transformer la 2e Division Française Libre en 2e Division Blindée, le Général LECLERC regroupe, à Témara sur la côte atlantique du Maroc, au fur et à mesure de leur arrivée, tous les éléments qui lui sont affectés: le noyau des Français Libres qui sont avec lui depuis près de trois ans, des unités déjà constituées de l'armée d'Afrique du Nord, des engagés et des appelés locaux, des Corses récemment libérés et les jeunes français évadés de France en passant par les Pyrénées et les geôles espagnoles. Il surmonte tous les problèmes, en particulier psychologiques, de la mise sur pied de cette grande unité en faisant apparaître, une fois de plus, son sens de l'humain et sa faculté innée de rassembler vers un but commun, des hommes d'origines et d'opinions très diverses. Le Général LECLERC veut faire partager cette idée qui l'obsède : l'union de tous les français est gage de succès.

Débarquée en Normandie en août 1944 en venant d'Angleterre, la 2e Division Blindée va participer, au sein de la III° Armée U.S. du général Patton, à la libération du territoire national. Elle est tellement marquée par la personnalité de son chef que très vite, elle est, pour les populations et les journalistes, la "Division LECLERC", voire même l'"Armée LECLERC".

 

Les étapes de la 2e D.B. se succèdent dans une charge fantastique. Alençon est libérée le 12 août et l'entrée de vive force dans Paris le 25 août, au milieu de la foule en liesse des Parisiens et des forces françaises de l'intérieur, les F.F.I., qui participent aux combats, permet au général de Gaulle de se faire acclamer en descendant les Champs Élysées.

Repartant vers l'Est, les hommes de LECLERC libèrent Vittel, anéantissent une Panzer brigade à Dompaire les 12 et 13 septembre et libèrent Baccarat le 31 octobre. Ils traversent les Vosges, âprement défendues et le 23 novembre 1944, Strasbourg est libérée.

Ils ont tenu le "Serment de Koufra".

Après de durs combats dans le Sud de l'Alsace, pendant plus de deux mois d'un hiver particulièrement rigoureux, la 2e D.B. participe, au sein de la 1 e Armée Française, à la libération de Colmar le 6 février 1945. Il n'y a plus d'Allemands en armes sur le sol français, à l'exception des poches de l'Atlantique où des éléments de la 2e D.B. vont libérer Royan en avril 1945.

Impatient d'entrer en Allemagne, le Général LECLERC réussit à engager sa division en Bavière et s'empare de Berchtesgaden, le haut-lieu des nazis, trois jours avant la capitulation allemande.


En 1945, Leclerc, nommé Général de Corps d'Armée est élevé à la plus haute dignité de la Légion d'Honneur (Grand-Croix), reçoit le commandement du Corps Expéditionnaire Français en Extrême Orient, le C.E.F.E.O., dans les rangs duquel se sont engagés plusieurs milliers d'hommes de la 2e D.B. pour suivre leur général.

Dirigé vers l'Indochine, où près de 40 000 français subissent les avanies et les exactions des Japonais occupant le territoire, le Corps Expéditionnaire va en quelques mois restaurer la présence française.

Auparavant le 2 septembre 1945, le Général LECLERC avait signé au nom de la France, la capitulation japonaise, en baie de Tokyo aux côtés du Général américain Mac Arthur.


D'octobre 1945 à juillet 1946, Leclerc faisant montre d'un sens politique en avance sur son temps, préconise une solution pacifique au conflit franco-vietnamien. Malheureusement incompris, il est rappelé en France.


Et c'est en Afrique du Nord, pendant plus d'un an que le Général LECLERC va mettre une fois de plus ses talents au service de la France en tant qu'inspecteur des Forces Armées. Qu'il s'adresse à des militaires, par exemple, en fin de manœuvres, ou bien à des populations qui le reçoivent avec les chefs locaux à leur tête, il ne manque jamais l'occasion de répéter inlassablement sa confiance en la France revenue au niveau des grandes nations, sa confiance dans cette armée française qui reprend la place qu'elle n'aurait jamais dû perdre. Et partout il insuffle autour de lui cette foi en l'avenir qui ne l'a jamais quitté, en incitant chacun à faire consciencieusement ce qu'il doit à la place qu'il occupe.


Et le 28 novembre 1947, au cours du vol aérien qui l'amenait d'Oran à Colomb Béchar pour une inspection, son avion pris dans un vent de sable, s'écrase au sol et prend feu. Il n'y a pas de survivant. Le Général LECLERC trouve la mort sur cette terre d'Afrique qui avait connu ses premières armes et qu'il avait traversée du Sud au Nord sur le chemin de la Victoire.

Il y a donc exactement cinquante ans que disparaissait le Général LECLERC, le patriote convaincu, le chrétien pratiquant, le rassembleur charismatique, le soldat intrépide, le chef audacieux, le tacticien hors-pair, le fin politique.


Cinq ans après sa disparition, le Parlement vote à l'unanimité la loi qui élève à la dignité de Maréchal de France le Général d'Armée Philippe LECLERC DE HAUTECLOCQUE.

Le Général de Gaulle lui a rendu hommage à plusieurs reprises, en particulier en ces termes : "L'épopée de LECLERC, c'est, pour toujours, une des plus belles pages de notre histoire". et :

"Enfants de France, rêvez d'être un jour des LECLERC, apprenez ce que vaut une libre volonté française".

 

(Colonel Maurice COURDESSES)

 

Nov. 1997

 


2. Les années de formation

 

Doté d'une solide culture historique et politique, Hauteclocque s'inquiète très tôt du péril nazi et de la politique d'expansion pratiquée par Hitler à partir de 1935. Hauteclocque est plus un officier instructeur qu'un officier de troupe. Il passe treize ans en écoles : cinq comme élève-officier et officier stagiaire (Saint-Cyr 1923-1924, école de cavalerie de Saumur en 1924 puis 1934). Il est reçu major à l'école de Guerre en 1938 et le reste à l'issue de la première année, la guerre interrompant la formation. Il effectue deux années d'état-major au Maroc (1930-1931) et en opérations, et trois années en corps de troupe : un an au 5e régiment de cuirassiers en Allemagne (1925-1926), un an au 8e régiment de spahis à Taza (1926-1927) et un an au 38e goum à M'zizel (1929-1930). Promu capitaine, premier des cavaliers de la promotion " Metz et Strasbourg ", le 25 décembre 1934, il est nommé l'année suivante au commandement de l'escadron de Saint-Cyr, poste très prisé et attribué généralement à des officiers appelés à un brillant avenir. Comme Juin, Koenig ou de Lattre de Tassigny, il est le modèle de l'officier préférant l'action dans les combats au Maroc à la vie de garnison en France. Il a fait sienne le précepte du père de Foucauld " se commander à soi-même ". Son premier officier supérieur le juge ainsi : " Comme il a du tempérament, et une forte personnalité, il demande à être commandé avec doigté... " Il est exigeant envers lui-même comme envers ses hommes. Hauteclocque laisse poindre Leclerc



3. Officier et citoyen

 

 

Doté d'une solide culture historique et politique, Hauteclocque s'inquiète très tôt du péril nazi et de la politique d'expansion pratiquée par Hitler à partir de 1935. Hauteclocque est plus un officier instructeur qu'un officier de troupe. Il passe treize ans en Écoles : cinq comme élève-officier et officier stagiaire (Saint-Cyr 1923-1924, École de cavalerie de Saumur en 1924 puis 1934). Il est reçu major à l'école de Guerre en 1938 et le reste à l'issue de la première année, la guerre interrompant la formation. Il effectue deux années d'état-major au Maroc (1930-1931) et en opérations, et trois années en corps de troupe : un an au 5e régiment de cuirassiers en Allemagne (1925-1926), un an au 8e régiment de spahis à Taza (1926-1927) et un an au 38e goum à M'zizel (1929-1930). Promu capitaine, premier des cavaliers de la promotion " Metz et Strasbourg ", le 25 décembre 1934, il est nommé l'année suivante au commandement de l'escadron de Saint-Cyr, poste très prisé et attribué généralement à des officiers appelés à un brillant avenir. Comme Juin, Koenig ou de Lattre de Tassigny, il est le modèle de l'officier préférant l'action dans les combats au Maroc à la vie de garnison en France. Il a fait sienne le précepte du père de Foucauld " se commander à soi-même ". Son premier officier supérieur le juge ainsi : " Comme il a du tempérament, et une forte personnalité, il demande à être commandé avec doigté... " Il est exigeant envers lui-même comme envers ses hommes. Hauteclocque laisse poindre Leclerc Doté d'une solide culture historique et politique, Hauteclocque s'inquiète très tôt du péril nazi et de la politique d'expansion pratiquée par Hitler à partir de 1935. Hauteclocque est plus un officier instructeur qu'un officier de troupe. Il passe treize ans en écoles : cinq comme élève-officier et officier stagiaire (Saint-Cyr 1923-1924, école de cavalerie de Saumur en 1924 puis 1934). Il est reçu major à l'école de Guerre en 1938 et le reste à l'issue de la première année, la guerre interrompant la formation. Il effectue deux années d'état-major au Maroc (1930-1931) et en opérations, et trois années en corps de troupe : un an au 5e régiment de cuirassiers en Allemagne (1925-1926), un an au 8e régiment de spahis à Taza (1926-1927) et un an au 38e goum à M'zizel (1929-1930). Promu capitaine, premier des cavaliers de la promotion " Metz et Strasbourg ", le 25 décembre 1934, il est nommé l'année suivante au commandement de l'escadron de Saint-Cyr, poste très prisé et attribué généralement à des officiers appelés à un brillant avenir. Comme Juin, Koenig ou de Lattre de Tassigny, il est le modèle de l'officier préférant l'action dans les combats au Maroc à la vie de garnison en France. Il a fait sienne le précepte du père de Foucauld " se commander à soi-même ". Son premier officier supérieur le juge ainsi : " Comme il a du tempérament, et une forte personnalité, il demande à être commandé avec doigté... " Il est exigeant envers lui-même comme envers ses hommes. Hauteclocque laisse poindre Leclerc

 


4. La guerre et la défaite : 1939 - 1940

 

 Promu capitaine, premier des cavaliers de la promotion " Metz et Strasbourg ", le 25 décembre 1934, il est nommé l'année suivante au commandement de l'escadron de Saint-Cyr, poste très prisé et attribué généralement à des officiers appelés à un brillant avenir. Comme Juin, Koenig ou de Lattre de Tassigny, il est le modèle de l'officier préférant l'action dans les combats au Maroc à la vie de garnison en France. Il a fait sienne le précepte du père de Foucauld " se commander à soi-même ". Son premier officier supérieur le juge ainsi : " Comme il a du tempérament, et une forte personnalité, il demande à être commandé avec doigté... " Il est exigeant envers lui-même comme envers ses hommes. Hauteclocque laisse poindre Leclerc.

5. Un héros dans la légende.

 

 

La renommée de Leclerc s'est construite progressivement. La prise de Koufra, en mars 1941, lui assure la confiance de ses supérieurs, l'estime et le respect de ses soldats et l'admiration des Français, qui ont eu connaissance en France de l'exploit par la BBC. Il a été d'abord pour les Français cette lueur d'espoir du fond de leur " nuit ". La décision de Léon Blum, président du Conseil, de faire appel au vainqueur de Koufra et au libérateur de Paris pour effectuer une mission d'inspection en Indochine, est relatée par Léon Blum dans Le Populaire des 18 et 19 juin 1949 : " Je n'avais jamais rencontré le général Leclerc [...] Marius Moutet m'apportait au milieu de la nuit la nouvelle du massacre d'Hanoï. Je voulus voir aussitôt Leclerc. [...]Je lui demandai de partir aussitôt pour l'Indochine [...] il accepta encore. Le libérateur de Paris aurait été, j'en suis convaincu, le pacificateur de l'Indochine [...] Ce qui frappait en lui, c'était la simplicité, la franchise, la droiture, une sorte de noblesse parfaitement modeste, et ce courage dans le bon sens qui s'égale chez les hommes d'action aux plus hautes qualités de l'esprit. ". Le général de Larminat a dit : " On pouvait en faire indifféremment un gouverneur de la banque de France, un capitaine d'industrie, un ambassadeur, un haut-commissaire de territoire, ou tout autre grand emploi étranger à sa formation ; il assimilait les éléments essentiels de sa fonction, et surtout avait ses subordonnés en main, car il n'était ni faible, ni complaisant, ni aveugle ". Le tandem Leclerc-de Gaulle a joué aussi un rôle important dans l'imaginaire collectif. Il est estimé par toutes les personnalités de droite comme de gauche. Dans le paysage urbain, Leclerc a laissé des marques importantes. Quelle commune n'a pas sa rue ou son avenue Leclerc ? La 2e DB qui a contribué à construire la gloire du général Leclerc, devient le Groupement blindé n°2 de 1948 à 1960, puis la 2e Brigade blindée et la 2e Brigade mécanisée, avant de renaître en 1979 en 2e Division Blindée et se transformer en 2e Brigade blindée le 1er juillet 1999, équipée des chars Leclerc

6. Les obsèques et le Maréchalat. 

 

 

L'annonce de la disparition de Leclerc provoque la stupeur. On ne veut pas croire à la mort de ce général de 45 ans. On refuse d'admettre cette mort accidentelle. La légende commence. D'Oujda (Maroc) à Alger, l'hommage des populations est unanime. Les dépouilles de Leclerc et de ceux qui l'accompagnaient dans l'avion sont embarquées le 4 décembre 1947 sur le croiseur " Émile Bertin ", navire du commandement de Leclerc en Indochine, qui accoste à Toulon le lendemain. Un piquet de fusiliers-marins leur rend les honneurs en présence du fils aîné du Général, le lieutenant Henri Leclerc de Hauteclocque. Le trajet vers la capitale s'effectue en camions en suivant aux abords de Paris l'itinéraire symbolique du libérateur. Le cercueil est transféré à Saint-Louis des Invalides où le général de Gaulle vient s'incliner le soir même. Le 7 décembre, la dépouille du général Leclerc est placée sur l'automoteur Alsace sous l'Arc de Triomphe, flanqué du " Tailly ", char du général, et du " Romilly ", premier blindé entré dans Paris, pour que les Parisiens rendent un dernier hommage à leur libérateur. Le 8 décembre, jour de deuil national, se déroulent à Notre-Dame les obsèques en présence des plus hautes autorités du pays. Le cortège gagne les Invalides où le cercueil est déposé dans le caveau des gouverneurs. Le 26 juin 1952, l'Assemblée nationale vote à l'unanimité le projet de loi autorisant la Gouvernement à conférer à titre posthume la dignité de Maréchal de France au général d'armée Leclerc de Hauteclocque. Le 28 novembre 1952, le président de la République, Vincent Auriol, remet à la maréchale Leclerc de Hauteclocque, le bâton de maréchal de son mari.

7. Oraison funèbre prononcée par Philippe Peschaud pour les obsèques de la Maréchale Leclerc de Hauteclocque.

 

 

 

Le capitaine de Hauteclocque ne serait pas devenu le Général Leclerc si, au soir du 30 juin 1940, vous n'aviez pas approuvé sa décision de rejoindre Londres pour se mettre aux ordres du Général de Gaulle. Votre consentement donne le départ : l'Épopée peut commencer.

C'est à travers la personnalité du Général Leclerc que nous avons fait votre connaissance. En effet, dès le Tchad, la profondeur et la fidélité de l'amour qu'il vous portait ont frappé les hommes qui vivaient dans son intimité. Après la Libération de Paris, la Division toute entière a été émue par le récit de vos retrouvailles familiales, tel, sur une image d'Épinal, le Général arrive à Tailly, du ciel par avion pour retrouver les siens après une séparation de quatre ans.

 

Au soir de la mort du Général, le Général Vézinet est allé chez vous, avenue Kléber et vous a demandé de venir au siège de l'association où, vous a-t-il dit, les anciens, désemparés, se sentaient des enfants orphelins. Vous avez surmonté votre chagrin et vous avez rendu confiance aux soldats perdus que nous étions. Le Général vous avait confié, avant son départ, le service social de la Division. Bien au-delà de cette charge, vous avez été l'âme de notre association.

 

Peu après, vous avez tenu à prendre en charge la présidence de deux associations dont les seuls noms disent tout le dévouement qu'elles impliquent : Entraide des Veuves et Orphelins de Guerre, Parents des tués. Au sein des anciens de la Division Leclerc, vous avez été celle qui inlassablement, compatissait avec la souffrance. Vous étiez investie d'une mission et du plus petit d'entre nous au plus grand vous avez été notre providence, vous vous définissez vous-même comme la hampe du drapeau qui nous conduit. Les liens spirituels que vous entreteniez avec le Général étaient si forts que vous restituiez une part de son autorité et de son rayonnement.

 

Nous avions perdu celui auquel nous avions voué une fidélité totale. Votre présence constante, votre dévouement sans limite, ont forgé une association forte, unie, ayant gardé l'enthousiasme, le volontariat de la jeunesse. Vous nous avez guidés, derrière vous nous avons parcouru un long chemin. Au nom de tous les anciens, je vous exprime notre reconnaissance filiale.

 

Madame la Maréchale nous ne nous consolerons jamais de votre départ. Nous partageons votre foi profonde en Dieu, en la vie future, et vous remercions de continuer à veiller sur nous. La place qu'occupait la grande dame qui nous a consacré cinquante ans de sa vie restera vide à jamais.

8. Un héros pour les jeunes

 

Après la seconde guerre mondiale, il est nécessaire de proposer des héros nouveaux pour la jeunesse et d'effacer le souvenir de la défaite de 1940 et de Vichy. Leclerc, révélé par sa personnalité et les circonstances, est consacré comme héros après sa mort prématurée. C'est le début de la construction de sa légende. L'épopée du général Leclerc " héros de légende " est retracée dans 63 numéros de Tintin, " le journal de tous les jeunes et de tous les amis des jeunes ", hebdomadaire qui paraît tous les jeudis, et dont le premier numéro sort en octobre 1948, à peine un an après sa mort. C'est une bande dessinée dont les textes, très proches de la réalité historique, sont de Roger Louis et les dessins de Le Rallic. Charles Pichon, auteur d'un Leclerc, illustré par Guy Arnoux et préfacé par Jean Nohain, adjudant Jean-Marie Legrand dans la 2e DB, conclut : " Si j'ai pu faire connaître aux Français d'aujourd'hui la figure de ce nouveau Bayard, je m'estimerai largement payé de mes peines, et il ne me restera plus alo qu'à rejoindre, avec joie, l'ombre anonyme qui doit être le lot du " loyal serviteur ".